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Plusieurs conseillers d’ Édouard Philippe ne se cachent plus pour confier à leurs interlocuteurs, patronaux et syndicaux, qu’il est grand temps d’en finir avec la réforme des retraites.

A leurs yeux, et à ceux de la Direction de la Sécurité sociale (peuplée en majorité de militants et de sympathisants LR), l’état de notre système de retraites ne nécessite pas un grand chambardement. Quelques mesures de mise à jour auraient largement suffi, comme l’augmentation progressive de l’âge légal de départ à la retraite de deux ans (sur une période de six ou sept années).

Surtout, il serait inutile de tracasser pour rien les relais d’opinion que sont les professions libérales en menaçant leur régime autonome, et encore plus de condamner les régimes complémentaires, qui, eux, n’ont jamais été en déficit. « On a l’impression qu’ils mettent plus d’énergie à chercher une porte de sortie qu’à faire avancer la réforme », confie, en privé, l’un des interlocuteurs favoris de ces porte-flingues du Premier ministre.

Régimes secs

Le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) risque de donner du grain à moudre à ces sceptiques : Emmanuel Macron ayant exigé que les comptes des régimes soient nickel en 2025 pour la mise en application de la réforme, les « sages » préconisent des remèdes saumâtres afin de récupérer les 8 ou 17 milliards (selon les hypothèses) qui manqueront dans les caisses.

Les experts du COR ont pris un plaisir pervers à exhumer une vérité bien cachée : c’est l’Etat qui, à travers ses agents et les régimes qu’il contrôle, s’avère le plus mauvais des gestionnaires en matière de retraites (les régimes du secteur public étant bien plus déficitaires que ceux du privé).

« En fait, la réforme va surtout consister à obliger les régimes des salariés du privé, et notamment les complémentaires, à se substituer à l’Etat pour payer ses retraités », vitupère l’un des dirigeants des régimes complémentaires.

Les raisons « cachées » de cette reforme

Le COR rectifie d’ailleurs le montant de la « situation patrimoniale » de l’Agirc-Arrco en ajoutant ses fonds de roulement à ses réserves stratégiques. Ce ne sont donc plus 73 mais bien 137 milliards que le gouvernement prélèverait dans la poche des retraités du privé, grâce à cette réforme.

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Alain Guédé. Le Canard Enchainé. 20/11/2019