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D’abord les maires, qu’il s’agit de soigner après les avoir ouvertement négligés l’année dernière. En pleine crise des gilets jaunes, ils avaient peu apprécié que le Président zappe leur congrès et se contente de les inviter.

Cette année, c’est fromage et dessert : congrès et réceptions en grande pompe à l’Elysée !

Les corps intermédiaires ne sont plus méprisés mais choyés. Fini le Président « hors-sol », le déconnecté des territoires ! Depuis son grand débat pour se dépêtrer de la crise des gilets jaunes, Macron ne regarde plus les édiles de haut, il a « la République en partage » avec ceux qui en sont les « piliers » et le répète volontiers.

C’est que, malgré les honneurs et les flatteries, les sujets qui fâchent les édiles n’ont pas disparu. Et que des mesures pourtant censées apaiser leurs administrés peuvent continuer de les crisper. Ainsi, la suppression de la taxe d’habitation, décrétée pour redonner du pouvoir d’achat à une partie de ceux qui la payaient, fait monter les maires au créneau.

Cette taxe représentait une bonne partie des recettes des municipalités, et, malgré les promesses de compensation «au centime près », les élus locaux restent stressés. Il s’agit donc de les cajoler. Bonnes paroles et traitement financier à quelques mois des municipales, où l’ancrage territorial de la majorité n’est pas gagné : la «start-up nation » donne à fond dans la proximité !

Pour la proximité avec les gilets jaunes, dont la faible mobilisation pour le premier anniversaire a plutôt rassuré l’Elysée, Macron garde une marge de progression. Parler aux auteurs des violences de la place d’Italie de leur « nihilisme » et accuser ceux qui ont « perverti » la « fraternité » des ronds-points de rechercher l’« anomie » montre qu’il a encore quelques progrès à faire en langage populaire !

Il pratique mieux le langage médical, où c’est traitement de choc annoncé et claironné. Le « plan d’urgence » sera détaillé ce mercredi par le Premier ministre et garanti « conséquent ». En d’autres termes, la médication sera surtout à base d’argent. Après leur manif de la semaine dernière, les personnels hospitaliers ont appelé à une autre, le 30 novembre. Avant qu’ils ne parlent de rejoindre celle du 5 décembre, il faut faire baisser la tension. « Nous devons investir plus fortement que nous ne l’aurions envisagé », a dit Macron. Les premiers soins avaient été juges plus que succincts, reste à savoir si « le montant, l’ampleur, les modalités et le calendrier » suffiront à ramener la sérénité.

Pour la sérénité sur les retraites, ce sera également compliqué. Car, après le rapport de la Cour des comptes sur les dérives à la SNCF, la sortie d’un autre, sur la situation financière du système, ne vient pas franchement arranger ses affaires. Même si le rapport en question a été commandé par Matignon.

Ce rapport du Conseil d’orientation des retraites, remis officiellement ce jeudi, confirme un déficit des régimes de retraite compris entre 7 et plus de 17 milliards pour 2025. Ce qui relance le débat sur la nécessité de travailler plus longtemps et qui, dans un climat social pesant, est du genre inflammatoire.

Macron devra donc trancher entre plusieurs solutions, toutes susceptibles d’énerver. Si l’on ajoute tous les sujets précédents, autant dire qu’il risque, lui aussi, d’avoir besoin de calmants !


Erik Emptaz. Édito du Canard enchaîné. 20/11/2019