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Le spectacle était saisissant, samedi, sur les chaînes d’information continue.

A les regarder, diffusant en boucle les images d’un fragment du périphérique parisien, d’un carrefour du XVIIe arrondissement, puis de la place d’Italie, on aurait pu croire que ce premier anniversaire du mouvement des Gilets jaunes était une redite de certains des week-ends de mobilisation les plus violents de l’hiver 2018.

Des ronds-points en province, on n’a quasiment rien vu ; pour avoir quelques images de Marseille, Bordeaux ou Montpellier, il a fallu attendre la fin de la journée. Lille ? Nîmes ? Auch ? Invisibles.

Ce traitement cathodique n’était révélateur ni de l’ampleur, ni de la nature du week-end : la mobilisation était loin de ses scores passés, et la violence tout sauf généralisée. Avec 28 000 personnes en France samedi, dont 4 700 à Paris, les effectifs ont été divisés par dix en un an. Et si une place parisienne a bien été le théâtre d’incidents révoltants, ils étaient surtout le fait d’énergumènes qui avaient bien peu en commun avec ceux qui avaient choisi de revenir sur les ronds-points qu’ils avaient occupés un an plus tôt.

Ces derniers pourraient désormais se sentir à nouveau oubliés, ignorés ou injustement assimilés à des casseurs. Or, il ne faudrait pas, un an après, oublier que la crise des Gilets jaunes est aussi une crise de confiance envers le pouvoir central et lesdites « élites » parisiennes ; qu’outre la justice fiscale et sociale, ces Français ont réclamé une plus juste répartition de l’attention.

A trop se focaliser sur la violence, on minore l’affaiblissement comme la persistance de la mobilisation. Et l’on court à nouveau le risque de voir certains intenter un procès en « invisibilisation » à Paris, de renforcer leur défiance vis-à-vis de piliers de la démocratie et de raviver des braises qui commençaient difficilement à s’éteindre.

« Gilets jaunes: de la justice fiscale à la justesse télévisuelle »


Marie-Catherine Beuth. L’Opinion. Titre original : « Gilets jaunes: de la justice fiscale à la justesse télévisuelle ». Source


Autre vision

Un acte 53, prélude au rassemblement des colères

Partout en France, les manifestants ont soufflé la première bougie de leur mouvement. À Paris, Clermont-Ferrand et Toulouse, une partie des personnes mobilisées appelle clairement à défiler, le 5 décembre, contre la réforme des retraites.

Avec près de 40 000 manifestants dans toute la France selon les organisateurs (28 000 selon le ministère de l’Intérieur), et plus de 200 points de ralliement, les gilets jaunes ont réinvesti, ce week-end, l’espace public partout en France. Un anniversaire placé sous le signe de la continuité d’un mouvement qui entame sa deuxième année dans un esprit plus rassembleur que jamais.

Partout, des gilets jaunes appellent désormais clairement à la convergence des luttes et rejoindront la grande mobilisation interprofessionnelle du 5 décembre contre la réforme des retraites. Et si une certaine défiance envers le mouvement syndical demeure, la nécessité de se mobiliser massivement contre la politique gouvernementale l’emporte.

Des actions systématiquement et violemment réprimées

« Ce serait vraiment bien que tout le monde sorte dans la rue maintenant », a ainsi sobrement expliqué Priscilla Ludosky. Coorganisatrice d’un rassemblement parisien, ce dimanche, aux alentours des Halles, elle estime que « depuis le début, il y a des convergences sur plein de sujets ».

Par la voix de sa porte-parole, Sibeth Ndiaye, le gouvernement d’Emmanuel Macron a quant à lui renvoyé les velléités de rapprochement des luttes à une « sorte de martingale, (…) le meilleur moyen de contribuer à alimenter le désordre dans notre pays ». Et au mépris des mots s’est une nouvelle fois ajoutée la violence d’une réponse policière disproportionnée.

Violemment réprimées de Paris à Toulouse en passant par Nantes, Lyon ou Marseille, les manifestations du week-end se sont soldées par près de 300 interpellations, dont 173 dans la capitale.


Marion d’Allard. L’Humanité. Source