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… ironise méchamment un vieux routier du Quai d’Orsay.

« Tant qu’à se payer l’Otan et les Européens, ajoute-t-il, Macron aurait dû tenir une conférence de presse en France, et non pas s’exprimer dans un journal britannique. »

Le 7 novembre, en effet, dans un très long entretien accordé à l’hebdomadaire « The Economist », le Président s’était montré particulièrement brutal. A l’en croire, « l’Otan est en état de mort cérébrale (…), l’Europe au bord du précipice » (ce qu’il nous a longtemps caché !), et il disait espérer la constitution d’ « une Europe puissante » dont il prônait la « souveraineté militaire », indépendante des Etats-Unis…

Des formules d’une violence inhabituelle à l’égard de nos chers alliés européens et américains, qui ont laissé stupéfaits un bon nombre d’élus de la majorité et quelques ministres, mais certainement pas les lecteurs du « Canard ». Le 30 octobre, un article leur avait appris que « Macron [rêvait] de réformer l’Otan et Trump », puis, une semaine plus tard, que le Président voulait « se démarquer des Etats-Unis », si possible en compagnie des Européens. Tout en pensant à sa future campagne présidentielle, car une telle démarche pourrait séduire quelques électeurs de gauche…

Cette politique étrangère revue et corrigée, puis « assaisonnée d’une pincée de gaullisme » (formule d’un diplomate) a fait hurler la très calme Angela Merkel : « Jugement intempestif, termes radicaux, l’Otan est vitale pour notre sécurité », a-t-elle réagi après lecture de « The Economist ».

Au même moment, un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères, validé par Poutine, saluait, avec un brin d’enthousiasme, le « bilan de santé de l’Otan » établi par le Docteur Macron : « Ce sont des paroles en or, sincères (…), une définition précise de l’état actuel de l’Otan. »

Mésalliances entre alliés

« Il y a un problème, reconnaît un membre de l’état-major des armées, et il faut y remédier. Mais il n’est pas logique d’en appeler, dès lors, à une Alliance atlantique moribonde. Soit on la quitte, sans tambour ni trompette, soit on propose autre chose. » Mais quoi ? Une défense européenne, laisse entendre ce général. Celle dont on parle tant et tant, sans aucun résultat ?

Depuis six ans, par exemple, les dirigeants français demandent à leurs partenaires de participer aux opérations menées au Sahel contre les groupes djihadistes. Et seuls des Allemands, des Britanniques et des Danois sont venus, en petit nombre, contribuer à l’instruction des armées locales… mais sans combattre. Même déception quand il est question de concevoir et de fabriquer « des armements européens », tels l’avion et le char du futur. La France et l’Allemagne peinent à s’entendre, et le risque de voir la Grande-Bretagne, l’Italie et la Suède jouer « perso » ou acheter des avions et des blindés américains est toujours d’actualité.

A entendre Macron, qui n’a pas toujours tort dans ses diagnostics, l’Otan ne se porte pas mieux que l’Europe. A preuve, le comportement de l’un de ses membres, la Turquie, qui achète des armes aux Russes plutôt qu’à ses alliés et dont l’armée pénètre en Syrie, avec l’accord de Trump, pour y combattre les Kurdes, alliés de tous les Occidentaux (Américains compris !).

Plus probant encore : les Européens soupçonnent Donald Trump de ne plus vouloir se porter au secours d’un membre de l’Otan si celui-ci était victime d’une agression (venant des méchants Russes, par exemple), comme l’exige pourtant l’article 5 du traité de l’Otan. Soupçon justifié, selon un militaire français de haut rang : « Les Etats-Unis, depuis l’élection de Donald Trump, offrent à l’Europe un parapluie nucléaire percé. Et sans même lui garantir de façon totalement crédible leur protection. »

Dans trois semaines, à Londres, tous les membres de cette « Otan en état de mort cérébrale » se retrouveront pour le 70e anniversaire de l’institution malade. Et d’aucuns demanderont peut-être à Macron de s’expliquer sur ses relations avec Vladimir Poutine. En France aussi, « le virage russe de Macron fait grincer des dents » (« Le Canard », 11/9). Celles des « néoconservateurs à la mode américaine » du Quai d’Orsay, et celles de nombreux membres de l’appareil d’Etat, un tantinet frondeurs mais silencieux. C’est la règle, en Macronie.


Dans l’entretien que Macron a accordé à « The Economist », le quotidien « L’Opinion » a recensé 170 fois l’utilisation du « je » ou du « moi », soit « dix fois plus que « la France » ». Preuve que le Président est un gaulliste de pacotille…


Claude Angeli. Le Canard enchaîné. 13/11/2019