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… pourquoi les femmes seraient les seules responsables de l’infidélité ; les hommes le sont tout autant. Pourquoi dans ce cas les hommes seraient des « Don Juan » les femmes des « salopes » … Vaste question de société.

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37 % des Françaises ont déjà trompé leur conjoint au cours de leur vie, le pourcentage de leurs compatriotes masculins infidèles s’élève à 45 %, d’après une étude Ifop*.

Selon l’institut, ce clivage s’expliquerait notamment par une socialisation sexuelle très genrée, mais aussi par un “certain contrôle social sur les comportements sexuels des femmes”. La perception de l’infidélité féminine en France va dans ce sens: 77 % des femmes interrogées par l’Ifop ont le sentiment que leur entourage est davantage choqué par une femme qui trompe son conjoint que l’inverse.

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La notion de fidélité date de -9000 avant JC. “À cette époque, les hommes se sont sédentarisés et ont voulu défendre leurs biens, dont faisaient partie femmes et enfants, explique Virginie Girod, historienne et sexologue, rencontrée lors de la dernière conférence de presse du site Gleeden. Il est alors devenu essentiel d’établir la règle de la fidélité féminine car les hommes voulaient savoir qu’ils étaient bien le père de leurs enfants. La filiation a ensuite pris une place centrale dans la société.” Pour l’experte, c’est cette angoisse plurimillénaire qui sous-tend la volonté d’exclusivité au sein des couples, encore aujourd’hui.

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Les mères ont hérité du rôle social de donner vie à des enfants légitimes. Comme le but était de limiter au maximum leur sexualité, elles ont été opposées aux prostituées, dont le rôle social était le plaisir récréatif des hommes”, reprend Virginie Girod, en précisant que cette frontière n’est toujours pas clairement abolie au XXIème siècle.

Afin que les femmes restent dans leur cloisonnement respectif, un système de lois et de pressions religieuses a été mis en place. “Dès l’Égypte antique, des règles punitives ont été appliquées, assure l’historienne. L’adultère n’était pas toléré pour les femmes, qui pouvaient être jetées aux crocodiles si elles étaient prises en flagrant délit. Outre la peine de mort, elles risquaient la répudiation et le risque d’être mises à la marge de la société. Dans la Rome antique, à partir du premier siècle de notre ère, une loi autorisait le père d’une femme adultère à la tuer, ainsi que son amant, s’il les prenaient la main dans le sac.

Si elles ont dû en décourager plus d’une, ces règles n’ont pas empêché toutes les femmes de vivre leurs passions. “On peut lire dans la littérature antique que beaucoup d’entre elles avaient des amants, constate Virginie Girod. Certaines s’assumaient plus, car elles étaient puissantes et avaient les moyens matériels de le faire. Néanmoins, dans l’Histoire, elles passeront pour des putains pour l’éternité. La preuve: cela fait 2 000 ans que l’on parle encore de la liaison qu’entretenait Cléopâtre avec Jules César, lorsqu’elle était mariée à son propre frère.”

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… selon l’Ifop, la première motivation des Françaises infidèles est l’attirance physique ou sexuelle pour une autre personne (à 52 %). Le manque d’attention, d’affection ou de tendresse de la part de son conjoint ne vient qu’en deuxième position (47 %), et les sentiments pour une autre personne (31 %) en sixième, derrière l’envie de profiter de l’opportunité qui se présente (37 %), le manque d’épanouissement sexuel avec son conjoint (36 %), et le désir de retrouver la magie des premiers instants d’une relation (35 %).

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“Pourquoi l’infidélité féminine devrait-elle rester un problème?”

Si mettre un terme au tabou de l’infidélité féminine permettrait de déconstruire les stéréotypes sur le sujet, cela contribuerait également à l’égalité femmes-hommes en matière de sexualité. “Dès lors que l’on arrêtera de poser le jugement de valeur selon lequel tromper est plus grave pour une femme, on aura fait avancer la société, martèle Virginie Girod. Aujourd’hui, on change de paradigme social: la femme qui a un enfant hors mariage n’est plus une salope qui met au monde un bâtard, le mariage pour tou.te.s est légal, la PMA se développe, la GPA va sûrement se démocratiser dans les années à venir… À l’heure où la filiation classique au sein du mariage perd de l’importance, pourquoi l’infidélité féminine devrait-elle rester un problème?

En toile de fond, il s’agit de dédramatiser la sexualité afin qu’une aventure extra-conjugale ne soit plus assimilée à une affaire d’honneur ou de possession. […]


Floriane Valdayron. ChEEk Magazine. Titre original : « “Tombeur” versus “salope”: pourquoi il est urgent de mettre un terme au tabou de l’infidélité féminine ». Source (Extrait)


* Étude Ifop pour Gleeden.com réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 15 avril 2019 auprès d’un échantillon de 5 026 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus, résidant en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni.


** Le prénom a été modifié.