Étiquettes

, , ,

Il manque une chaise au procès des 2.200 souscripteurs du catastrophique prêt en francs suisses de la BNP, qui s’est ouvert le 12 novembre à Paris : celle de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France.

Dans une autre vie, il a en effet été patron d’une filiale de la BNP qui a conçu et diffusé ce prêt hautement toxique baptisé « Helvet Immo » (à partir de mars 2008).

Il a ensuite été promu à la direction générale de la BNP, comme responsable du pôle de détail de la banque, quand ce prêt a été largement diffusé parmi les petits épargnants désireux de financer un achat immobilier à bon compte.

Villeroy n’a pourtant jamais été interrogé par les juges Aude Burési et Claire Thépaut, chargées de l’instruction. Il aurait pu leur expliquer des choses passionnantes. Comment, par exemple, les époux Abadie, qui avaient emprunté 144.000 euros en 2008 et remboursé 58.000 depuis, se retrouvent aujourd’hui avec 190.000 euros à payer. Ou encore comment M. et Mme Le Goff, qui avaient emprunté 190.000 euros et remboursé 126.000 en huit ans, en doivent encore 250 000, soit un tiers de plus que ce qu’ils avaient emprunté.

Explication : Helvet Immo était basé sur le taux de change de l’euro contre le franc suisse et affecté (en plus) d’un taux d’intérêt variable. En pleine crise financière des subprimes, la catastrophe était prévisible.

Mais, attention !, catastrophe pour les emprunteurs uniquement. Pour la banque, dont les crânes d’œuf avaient concocté ce cocktail explosif, c’était zéro risque. Et même de juteuses commissions financières.

Dans une lettre adressée en juin 2012 à une journaliste, Villeroy reconnaît que Helvet Immo « visait des investisseurs avertis des risques ». Les juges auraient pu, par exemple, demander au responsable du pôle de détail de la BNP quelles dispositions il avait prises pour « avertir » ses clients des « risques ». Alors même que, selon l’ordonnance de renvoi, les 40 pages (pas moins) de l’offre de prêt proposée aux épargnants étaient « peu claires et peu intelligibles », sauf quand elles évoquaient explicitement « un prêt sécurisé ».

Interrogée par « Le Canard », la Banque de France n’a pas répondu.


Article signé des initiales H. M. – Le Canard enchaîné. 13/11/2019