Étiquettes

Préambule : l’article qui suit, émane d’un auteur publié dans le très droitier quotidien « le Figaro ». Que tous les lectrices–lecteurs de ce blog se rassurent ce n’est pas une tare de lire cette prose dans ce journal. Pour nous, administrateur, c’est juste une façon d’informer, de tous les versants, tenants, aboutissants, portants réflexions sur les sujets d’actualité. En effet, comment « tirer sa vérité » des informations, si toutes les analyses pour ou contre, ne sont pas connues. MC

Un an après l’acte 1 des «gilets jaunes», le 17 novembre 2019, le pays vit toujours un temps « révolutionnaire ». En apparence, les révoltés ont regagné les villes éteintes et les campagnes silencieuses. Leur désorganisation et leur récupération par [certains élus] […] ont découragé beaucoup d’exaspérés. Mais le pouvoir n’a rien fait, depuis, pour se rapprocher des Oubliés.

Les quelques milliards d’euros débloqués n’ont pas répondu aux enjeux existentiels.

De fait, les cités «populaires», produits de quarante ans de politiques universalistes, ne se sont jamais senties solidaires de la France profonde, en dépit d’une semblable paupérisation. […]  Le rejet de l’idéologie mondialiste annonce la fin d’un monde. La nouvelle idée universelle est portée par ceux qui, paradoxalement, se réclament de leurs racines, de leurs lieux. […]  Une économie innovante s’élabore déjà, dans la France modeste et débrouillarde. Elle se construit autour des notions de proximité, de solidarité, de partage.

« Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires », avait déclaré Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, en 2015.

Or ce monde-là, individualiste et matérialiste, ne fait pas rêver. L’erreur du chef de l’État a été de s’accrocher à un idéal postnational plébiscité par les seuls «winners», soucieux de leurs intérêts financiers. Les injures que Macron et son parti de l’Ordre ont déversées sur les bouseux du 17 novembre ont révélé leur incompréhension des mutations sociétales. La guerre menée par le président contre les populistes a abouti à leur victoire.

Pour preuve: le pouvoir n’ose plus bouger de peur d’enflammer le pays. En marche! est à l’arrêt. Le nouveau monde, que le chef de l’État croit encore symboliser en promettant de « réconcilier les Français avec la mondialisation », s’est révélé être la mascarade annoncée ici dès les premiers pas du macronisme. Le président disait vouloir « transformer profondément le pays » en donnant sa personne en exemple. Mais le narcissisme ne fait pas un programme politique.

Plutôt que de regarder de haut la classe moyenne, priée de supporter taxes et impôts, le président aurait été plus avisé d’écouter ces déclassés. Il aurait compris que ceux-ci ne demandaient pas seulement une baisse du carburant ou une augmentation de leur pouvoir d’achat. Le ressort des «gilets jaunes», qui les a fait tenir malgré tout plus de 50 semaines, est démocratique: les exclus exigent leur place dans la République.

C’est cette crise de la représentation qui, privée de référendums, asphyxie la société et pousse à l’expression violente des aspirations populaires.

[…]


Ivan Rioufol. Le Figaro. Titre original : « La colère française révèle la fin du monde ». Source (extrait)