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Algérie, Chili, Irak, Liban, Gypaète, Haïti, Équateur, Hongkong… [et même en France, Italie, Espagne, Grèce … etc. ].

Sous toutes les latitudes, des peuples sont entrés en révolte contre leurs gouvernants avec une concomitance qui pose question. « Dégagez ! » ordonnent-ils à leurs dirigeants sans pour autant proposer d’alternative claire.

Les contextes sont évidemment fort différents.

Des régimes autoritaires, mais aussi des démocraties néolibérales, sont visés, sans oublier la France, vieille République dédiée par les « gilets jaunes ». A Alger et au Caire, la contestation vise un État confisqué par l’armée, tandis que l’oppression spécifique de la Chine a fait exploser Hongkong. A Santiago, à Beyrouth et à Bagdad, la collusion entre le pouvoir politique et les forces de l’argent est rejetée, de même que l’assignation communautaire dans les deux derniers cas.

Mais les points communs entre tous ces bouillonnements populaires sautent aux yeux : non seulement les slogans et les méthodes (rassemblements de rue pacifiques, usage des réseaux sociaux), mais surtout la rage contre l’accaparement du pouvoir et des richesses par une classe, une caste ou une mafia.

L’élément déclencheur apparaît souvent comme une décision d’ordre économique a priori anodine, mais jugée insupportable.

[…]

Paradoxe apparent : les manifestants dénoncent les inégalités liées à la mondialisation tout en bénéficiant de l’élan et de l’écho planétaire que donnent à leur révolte les échanges sans frontières et la perception du village mondial. […]

La domination des dogmes économiques a imposé le « moins d’État » et le triomphe du marché a abouti à des inégalités abyssales, à l’affaiblissement des filets de protection sociale et à la collusion des élites politiques et économiques.

[…] Pas de mobilité sociale sans proximité avec le pouvoir politique.

Ce « capitalisme de connivence » a privatisé, réduit les impôts des plus riches et augmenté la charge des démunis.

[…] … le vent de révolte semble annoncer un retour de bâton.

Il faut se réjouir de ce changement d’époque et aider les mouvements en cours à éviter les pièges du nationalisme, à déboucher sur un rééquilibrage en faveur du politique, du social et de l’environnemental, mais aussi à des réformes fiscales compensant les inégalités de revenus, à des mécanismes de solidarité renouvelés, à la construction de corps intermédiaires réellement associés au pouvoir, à des États plus soucieux du bien-être des populations déshéritées que de la rente de leurs dirigeants. […]


Editorial du journal « Le Monde ». Titre original : « une exigence planétaire : reconquérir la démocratie. ». Source (extrait)