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Le « grand remplacement » est un concept fallacieux.

La population mondiale, et française, a toujours procédé d’un métissage. Et le Français de souche n’existe pas. « On est en train de découvrir qu’Homo sapiens était mixte parce qu’il a une petite partie du génome de Neandertal et une petite partie de l’homme de Denisova. »

Hervé Le Bras puise loin ses arguments, chez les paléontologues, lorsqu’on soumet à sa critique les théories de l’invasion en vogue à l’extrême droite. Le démographe et historien a publié, le 7 novembre, une note pour la Fondation Jean-Jaurès sur « la réalité des migrations en France ».

Il y défend l’idée que l’« erreur de raisonnement » consubstantielle à la théorie dite du « grand remplacement » est de « faire croire » que les populations immigrées et non immigrées sont « fermées, séparées », « qu’il n’existe aucun mélange comme dans l’apartheid en Afrique du Sud » et que, par conséquent, si la part de la première augmente, c’est au détriment de la seconde.

Or, c’est tout autre chose qui se produit. « Le “grand remplacement” est conçu en niant que quand les immigrés arrivent, ils deviennent un peu de nous et inversement, explique M. Le Bras au Monde. Il y a un mélange, une mixité. Le racisme le plus profond, c’est celui qui refuse ce métissage, c’est l’idée de la pureté de la race. » Le directeur de recherche à l’EHESS s’appuie sur l’évolution des naissances en France.

D’après les recensements de l’Insee, et par le fruit des unions mixtes, « 30 % des naissances ont dans leur ascendance à deux degrés à la fois des immigrés, souligne-t-il, et des non-immigrés Dans une génération, on sera logiquement à 50 %. » Vague et ressac « Il existe bien un remplacement, concède M. Le Bras dans sa note. Celui de Français dont la proche ascendance est seulement d’origine française par des Français dont l’ascendance comprend des Français et des étrangers. » Et d’ajouter : « De toute manière, il en a toujours été plus ou moins ainsi. Au cours de l’histoire de France, des Romains se sont mêlés à des Gaulois, des Francs à des Celtes, des Alamans, Bourguignons, Bretons (qui venaient d’Irlande) aux habitants locaux, quelques Vikings à des Normands, des Berbères à des Provençaux et à des Gascons, etc. »

Le commentaire des récents mouvements migratoires par une partie du monde politique – qui fait dire au gouvernement cette semaine qu’il veut « reprendre le contrôle » pour « maîtriser les flux » alimente l’idée d’une forme de submersion.

On parle souvent de vague. Mais on oublie plus souvent encore d’en observer le ressac. Or, Hervé Le Bras rappelle que, chaque année, des personnes quittent la France.

En 2017, 71 000 immigrés sont sortis du territoire, alors que 262.000 y entraient. Dans le même temps, « 241.000 “non-immigrés” ont quitté le territoire tandis que 108.000 y revenaient ». En rapprochant ces deux catégories de flux, le chercheur note un « apport global de la migration de 58.000 personnes », équivalent à « moins d’un millième de la population ».


Julia Pascual. Le Monde. Titre original : « Le racisme le plus profond, c’est celui qui refuse le métissage ». Source (extrait)