Étiquettes

, ,

Beau cadeau de Peugeot à la famille Agnelli

Pour réaliser ses ambitions mondiales, Carlos Tavarès, Le patron de PSA, n’a pas lésiné sur le chèque à Fiat Chrysler.

Plus de 6 milliards — dont 2 pour la famille Agnelli ! C’est le chouette cadeau qu’a fait PSA à Fiat Chrysler Automobiles (FCA) et à son principal actionnaire en acceptant que les deux groupes fusionnent sur un prétendu pied d’égalité. Mais cette fusion « à 50/50 », comme l’a proclamé le communiqué commun aux deux groupes, s’avère plutôt problématique, tant ces « égaux » ne le sont pas…

La veille de l’annonce, PSA valait, en Bourse, 21,3 milliards et FCA 14,8 milliards, et ce en intégrant les diverses cessions censées intervenir lors de la fusion : vente pour 2.6 milliards de l’équipementier Faurecia, appartenant à PSA, et distribution d’un dividende exceptionnel de 5,5 milliards par FCA.

La différence de valeur entre les deux groupes (6,5 milliards) constitue l’offrande faite aux Italiens (notamment au clan Agnelli, qui contrôle près du tiers de FCA). Et pourtant l’accord de fusion stipule que les deux mariés doivent peser le même poids. « Ça veut dire que 21,3 milliards égalent 14,8 milliards », commente ironiquement une longue note d’analyse publiée par la Deutsche Bank, le 31 octobre 2019.

« Quand j’ai vu ces valorisations, je suis tombé de ma chaise, » confirme un banquier londonien qui s’épanouit dans le secteur automobile. Plus sobre, la Deutsche Bank relève que « l’accord apparaît comme favorisant FCA, ainsi que l’atteste la variation du cours des actions après l’annonce : PSA — 5 %, FCA + 20 % ».

Une anomalie sur laquelle la Banque publique d’investissement, qui détient les 12,2 % du capital de PSA possédés par l’Etat, n’est guère pressée de s’exprimer. Un banquier d’affaires proche de PSA se montre (à peine) plus loquace : « Pour comparer deux entreprises, il ne faut pas regarder leur valeur à la veille de la fusion. Il faut remonter sur une longue période. » Mais aussi « considérer leur valeur industrielle ».

Flat luxe ?

Mauvaise idée : si PSA est considéré comme dynamique (en pointe sur l’électrique et la réduction de la pollution), avec des bureaux d’études (notamment chez Opel) particulièrement performants, le groupe italien, lui, est pratiquement exsangue en Europe.

Sa marque principale, Fiat, propose essentiellement la 500 relookée et des utilitaires. Aux États-Unis, où la firme réalise la quasi-totalité de ses profits, seuls les Jeep et les pick-up RAM carburent fort.

Mais ces gros consommateurs d’essence seraient rudement châtiés si la législation antipollution venait à se durcir, comme le souhaitent la Californie et 19 autres États… et comme Trump lui-même semble commencer à l’envisager.

FCA, qui n’a que très modérément investi dans les nouvelles technologies et les nouveaux modèles, dépense déjà 600 millions de dollars par an pour acheter à Tesla des droits à polluer !

Comment, dès lors, expliquer ce mariage de la carpe et du lapin ?

« PSA, qui est uniquement présent en Europe, a un besoin vital d’avoir des débouchés en Amérique, commente un fin connaisseur du groupe. FCA était la seule possibilité, et Tavarès était disposé à faire un gros effort. Après avoir sauvé Opel, qui enregistrait des déficits depuis des décennies, il se sent capable de ressusciter les belles endormies de FCA : Alfa Romeo, Lancia, Maserati, Chrysler, Dodge, etc. »

Prêt à brûler de la gomme et à vider le réservoir ?


La bonne affaire de l’Etat

En 2014, l’Etat a volé au secours de PSA, qui, croulant sous les dettes et les déficits, se trouvait au bord du dépôt de bilan.

En échange de 12,2 % de son capital, il lui a apporté 1 milliard (le constructeur chinois Dongfeng en a fait autant). Depuis, la boîte a été redressée par l’équipe de Carlos Tavarès (ex-bras droit de Carlos Ghosn chez Renault-Nissan), et son cours en Bourse a été multiplié par 2,5.

La participation de 1 milliard de l’Etat (détenue par la Banque publique d’investissement) vaut donc aujourd’hui 2,5 milliards, ce qui représente, en un peu plus de cinq ans, une plus-value de 150% .

La famille Peugeot (les actionnaires à 12 %, qui avaient pourtant conduit PSA au bord de la faillite (en se goinfrant de dividendes) est également de la fête sans trop se fatiguer, elle a vu pareillement son patrimoine gonfler de 1,5 milliard.

Pourvu que, malgré la localisation du nouveau groupe aux Pays-Bas, les rentrées (notamment fiscales) restent aussi florissantes !


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 06/11/2019