Ils étaient les accusés de tellement de détester le président Macron qu’ils envisageaient selon certaines sources (plus ou moins obscurs) de le tuer …

Il y a un an tout juste, le 6 novembre 2018 au lever du jour, les poulets de la Direction générale de la sécurité intérieure tombent sur le paletot de quatre loustics.

Un informateur a avisé les cadors du Renseignement que « des militants d’extrême droite étaient résolus à mener une action violente à l’encontre du président de la République ». Allez, hop ! au trou !

A la clé, une retentissante mise en examen pour « association de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation d’un ou de plusieurs crimes d’atteinte aux personnes ». En choeur, les médias annoncent « un nouvel attentat de l’ultra-droite contre le chef de l’Etat déjoué ». Las ! après un an d’instruction, les dangereux terroristes ne le sont plus vraiment.

Deux des quatre membres du « commando » ont été libérés, et, au vu des éléments de l’enquête consultés par « Le Canard », le scénario macronicide se dégonfle.

Un policier de haut rang l’admet : « Certes, les mecs reconnaissent être motivés par la haine de l’étranger, tout particulièrement des musulmans. Et il y a le début d’exécution de quelque chose. Mais à part ça… »

Pas fine lame

A part ça, le couteau en ceramique qui devait servir d’arme du crime (histoire de tromper les portiques de sécurité) se révèle introuvable. Idem pour la cache d’armes datant de la dernière guerre mondiale : l’arsenal se résume à un vieux couteau de chasse trouvé dans la tire d’un retraité soupçonné (c’est beaucoup dire) d’être le cerveau.

La veille du prétendu attentat, les « terroristes » ignorent le trajet de la caravane présidentielle. Et n’ont aucune idée d’un « bunker de repli » d’où, après l’assassinat de Macron, ils auraient pu piloter l’« insurrection nationale » ! Comme l’a reconnu l’un de ces Pieds-Nickelés lors de sa garde à vue, ils n’étaient « pas prêts » !.

Fachos bouillants

L’histoire est branquignolesque, mais n’a pas empêché les pouvoirs publics de la comptabiliser comme l’un des trois attentats d’extrême droite déjoués depuis 2017.

Pourtant, la nébuleuse « néopopuliste » existe. « Faire de la com’ à des fins politiques sur le danger terroriste d’extrême droite, c’est banaliser un risque réel », déplore un chef enquêteur.

Selon les services de renseignement, un millier d’activistes d’ultradroite sont actuellement fichés.

Parmi eux, pensent les flics, 200 cintrés susceptibles de passer à l’acte. « Ce qui nous préoccupe, c’est le profil facho solitaire, poursuit le même poulet. Des adeptes de la tuerie de masse comme Anders Behring Breivik, en Norvège, ou Brenton Tarrant, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande ».

Le mois Bernier, les gendarmes de Pau ont serré une petite dizaine de groupies du tueur norvégien, qui viennent d’être mis en examen pour apologie du terrorisme.

Comme eux, sont particulièrement surveillés les survivalistes, ces « fanas mili » obsédés du treillis et de la gâchette fréquentant les clubs de tir sportif. Ce « terrorisme d’ultra-droite » attire davantage depuis 2015, précise un rapport parlementaire de juin 2019, et « cible les représentants des pouvoirs publics et les personnes de confession musulmane ».

En un an, les services de renseignement ont vu surgir dans leurs radars une centaine de gilets jaunes radicalisés, susceptibles de commettre des attentats. Alors que la date anniversaire du début du mouvement approche, un groupe inquiète particulièrement la DGSI… Ces « ultrajaunes » sont racistes, anti-impôts, anticapitalistes et violents.

Du jaune qui vire au brun… en sommes !


Didier Hassoux et Christophe Labbé. Le Canard enchaîné. 06/11/2019