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… signe des changements de comportement relationnels dans cette société machiste … ou les bienfaits d’une compétition internationale sur le sol français.

Le 7 juin dernier, le match d’ouverture France-Corée du Sud donnait le coup d’envoi au parc des Princes de la huitième édition de la coupe du monde féminine de football. Un événement mondial qui est l’occasion de mettre un coup de projecteur sur l’enjeu de l’accès au sport, et à tous les sports, des filles et des femmes.

[…] Des ouvrières comme pionnières dès 1896

Qui connaît le British Ladies’ Football Club, Fémina Sport ou encore les Dick Kerr’s Ladies ?

Dans « Une histoire populaire du football » (éditions La Découverte, 2018), Mickaël Correia raconte cette épopée des pionnières du football, à l’image d’Emma Clarke, ouvrière noire de Liverpool et d’autres femmes de condition modeste, qui rassemblent dès la fin du XIXe siècle près de 10 000 spectateurs dans les stades, jusqu’à 53 000 en 1920 ! Face à ce succès grandissant et au début de professionnalisation de certaines joueuses, les fédérations anglaises puis françaises de football bannissent les femmes de leurs terrains. Les matchs sont tout simplement interdits.

Au même titre que Pierre de Coubertin estimait que les femmes n’étaient bonnes « qu’à couronner les têtes des vainqueurs », les dirigeants et journalistes du sport français ont craint une appropriation par les femmes de leur corps, de leur jeu et d’une certaine forme de pouvoir.

Cette tendance perdurera longtemps de considérer que le soccer en particulier n’était pas fait pour le « second sexe », et devait demeurer « un fief de virilité » ; même l’URSS reprendra ce point de vue. Il fallut attendre les années 1970 pour que le football féminin soit reconnu par les instances fédérales. Il se développe alors avec des figures aujourd’hui médiatisées telles que Michèle Monier, capitaine de l’équipe de France, qui joue sa première coupe du monde au Mexique en 1971. Dans les années 1990, Marinette Pichon a permis de populariser que les femmes pouvaient jouer au foot au meilleur niveau.

« Le football contribue à l’enjeu politique d’émancipation en mettant en scène le corps autrement que dans les stéréotypes d’une féminité décrétée. »

[…] Un enjeu politique d’émancipation des femmes

Derrière l’effet coupe féminine de foot se cache une autre réalité : celle d’une pratique sportive très faible aujourd’hui chez les femmes. À peine 40 000 licenciées dans les clubs français. La médiatisation est certes importante et exceptionnelle, mais on se rend également compte que l’ouverture de la coupe d’Afrique des nations (CAN) commence à prendre le dessus.

Le sexisme, à l’image des commentaires lors du journal télévisé de 13 heures sur TF1 illustrant un dribble de la phrase « une maille à l’endroit, une maille à l’envers » est toujours très présent. À ce jour, une seule femme, Stéphanie Frappart, est promue comme arbitre centrale en Ligue 1. Saluons également la décision d’Ada Hegerberg, joueuse norvégienne à l’Olympique lyonnais de boycotter la coupe du monde pour refuser des salaires inférieurs à ceux des hommes, alors que dans le même temps certaines joueuses françaises ont suggéré sur plusieurs média que ces inégalités n’étaient pas si illégitimes. Le chemin à parcourir est encore long. […]

Le pari de la mixité du football

À en croire la présence des filles et des femmes dans les stades actuellement, la coupe féminine de football, leur nombre pourrait augmenter dans les clubs. À condition, toutefois, que les dirigeants des clubs et les élus locaux décident équilibrer l’attribution des terrains et les créneaux entre filles et garçons. […]


Emmanuelle Bonnet – Revue : « cause commune ». Titre original : « l’enjeu d’un foot populaire pour toutes. ». Source (Extrait)