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Bien évidemment personne ne sera dupe, si Macron se démène autant pour nous parler de cette réforme sur l’immigration, c’est bien parce que son mouvement la république en marche (LR–EM) est en difficulté dans les sondages pour les élections municipales face à la montée dans des régions bien précises du Rassemblement national (RN). Reste qu’une élection n’est jamais gagnée, la gauche, les verts … ou des événements inconnus aujourd’hui … peuvent changer radicalement la donne et faire que soit balayé tant les volontés macroniennes que celles de l’extrême droite. MC

Ci-dessous une position comme autre sur le sujet de l’immigration, exprimée dans le Canard enchaîné du 6/11/2019 dans l’édito signé d’Éric Emptaz.

Mais le président du même nom, en seconde partie de quinquennat, a apparemment changé d’avis sur la question. Le pragmatisme prime toujours, mais, si Macron pense que l’idéologie peut lui servir, il s’en sert. Et même lourdement, comme il a choisi de le faire sur le ton de la fausse confidence à l’hebdomadaire extrême-droitier « Valeurs actuelles », qui n’en attendait pas tant. Il a assené calmement que, en ce qui concerne l’immigration, son objectif, « c’est de sortir tous les gens qui n’ont rien à faire là ». L’électorat de Marine Le Pen est prié d’apprécier ce clin d’œil appuyé !

Et « en même temps », bien sûr, l’électorat macronien a aussi droit à sa version. C’est celle de l’immigration économique. Celle du meilleur accueil des migrants qualifiés, qui auront, eux, quelque chose à faire ici.

Elle est annoncée en fanfare dès ce mercredi matin par le Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement. Pendant que Macron vend des poulets et une réplique de Beaubourg aux Chinois, Edouard Philippe, à l’issue d’une réunion à Matignon, parle, lui, de quotas d’immigration, pardon, d’objectifs chiffrés d’immigration économique. A la différence des quotas dont rêvait Sarkozy et qui ne contrarieront pas Le Pen, ceux-là ne seront pas fixés par nationalité mais en fonction des « métiers en tension », c’est-à-dire les plus susceptibles d’avoir besoin de main-d’oeuvre étrangère. Les secteurs en question seront précisés chaque année par l’Etat. C’est l’OCDE qui s’en chargeait jusque-là, mais son dernier recensement date de 2008, et la ministre du Travail de marteler que seuls 15 % des métiers en tension de la liste le sont encore. Mais, on l’aura compris, au-delà des « besoins auxquels on n’arrive pas à pourvoir », une tension peut en cacher une autre, et même plusieurs.

Parler d’immigration alors que le sujet n’est pas d’une si brûlante actualité, c’est évidemment continuer à faire de la triangulation électorale à droite et aux extrêmes. Avant les municipales et surtout, à la présidentielle, pour laquelle Macron répète à ses troupes que ce thème sera la grande question. Mais c’est aussi, en insistant sur le sujet de l’immigration économique, qui ne représente qu’une très petite partie de l’immigration, essayer de faire avaler du même coup, à gauche et dans la frange de la Macronie qui en vient, des mesures qui fâchent beaucoup plus.

C’est le cas de l’instauration d’un délai de carence de trois mois pour la protection universelle maladie (Puma), réservée aux demandeurs d’asile. Ou encore des restrictions à l’aide médicale d’Etat (AME). Elles sont censées, comme l’a encore dit Macron à « Valeurs actuelles », en remplaçant les petites phrases par les gros sabots, éviter les abus « des gens qui viennent avec un visa de touriste, qui restent trois mois et qui se mettent à l’AME ».

Autant de mesures que la ministre de la Santé a été chargée d’emballer d’humanité mais qui heurtent à gauche et surtout dans les associations. Lesquelles redoutent une plus grande «précarisation » de migrants déjà « en situation de vulnérabilité». Les polémiques sur cette « politique idéologique en matière d’immigration » ne sont pas terminées. Mais, même si elles font un moment diversion, un mois avant la grève du 5 décembre, elles n’enlèvent rien à la « vulnérabilité » de Macron sur le plan social.