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Les producteurs de bordeaux ont le moral au fond du tonneau : le vin déborde et sa valeur baisse. On estime à 1 million d’ Hl (soit 20 % de la production) le trop-plein de bordeaux AOC déversé cette année sur le marché.

Résultat ?

Le prix en vrac du rouge est tombé sous la barre de 1€ le litre.

Simultanément, les ventes de bordeaux se tassent. Au coeur de ce marasme, nombre de vignerons trouvent qu’être représenté par des personnalités avec de grosses taches de rouge sur leur CV, n’est pas génial pour le business.

C’est l’heure de Boüard ! [Vaou, quel jeu d’mots. MC]

Ce lundi, ça a bardé à la Fédération des grands vins de Bordeaux (FGVB), qui fait la pluie et le beau temps dans le vignoble bordelais : Hervé Grandeau, son président, a dû démissionner. Cet été, pourtant, il avait été réélu, avec 75 % des voix… quatre jours après avoir été condamné à 6 mois de prison avec sursis pour tromperie sur certaines appellations de son pinard (« Le Canard », 17/7) (il n’avait pas cru bon de faire appel de sa condamnation). Ses collègues ont soudain trouvé qu’il avait poussé trop loin le bouchon. Entre 2010 et 2014, Hervé Grandeau et son frère avaient, comme révélé par « Sud Ouest », falsifié 5.900 hectolitres de vin. Montant de la fraude : 1,37 million d’€.

La profession se moraliserait-elle ?

Pas si vite ! La semaine dernière, le Grand Conseil du vin de Bordeaux s’est choisi cul sec pour président un grand nom du terroir. Copropriétaire du Château Angélus, Hubert de Boüard a été mis en examen, soupçonné d’avoir magouillé afin d’influencer en sa faveur le classement des grands crus de Saint-Emilion. Il se retrouve bombardé à la tête d’une prestigieuse confrérie de 4.000 membres, dont la mission est de promouvoir l’image du bordeaux à l’étranger.

En juillet, de Boüard et un autre propriétaire de château renommé avaient, au terme de six ans d’instruction, été renvoyés en correctionnelle pour prise illégale d’intérêt.

Il faut dire que les deux hommes siégeaient au sein de l’instance de classement des grands crus alors même que leurs propres domaines concouraient.

En janvier, le parquet de Bordeaux, que les persifleurs prétendent très à l’écoute des hautes instances viticoles, s’est opposé à la décision du juge.

La chambre d’instruction doit désormais déterminer qui, du procureur ou du magistrat instructeur, a raison.

De l’avis général, la manière dont s’établit tous les dix ans la révision du classement des grands crus de Saint-Emillion est bien trop opaque. Un déclassement peut diviser par deux la valeur d’une vigne. Cépage juste ! [Vaou, les auteurs de l’article lisent l’almanach Vermot ma parole. MC]

A l’origine de la plainte contre Hubert de Boüard et son acolyte, les trois propriétaires de châteaux déclassés en 2012 ont également saisi la justice administrative pour tenter de faire assainir les règles du jeu une bonne fois pour toutes. L’affaire se trouve désormais entre les mains du Conseil d’État.

Il va peut-être laisser décanter. Au risque que l’affaire s’évente ?


Article signé des initiales : C. L. et A.-S. M. – Le Canard Enchainé. 30/10/2019