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Bel exemple de la saine gestion des deniers publics : plus d’une centaine de cadres supérieurs (et une cinquantaine d’administrateurs civils – le gratin de l’administration -) travaillant au ministère de l’Économie et des Finances … se retrouvent sans boulot.

En attendant une hypothétique affectation, ils conservent leur salaire. [Voila qui n’est pas courant dans le privé et la grande différence entre licencie et placardise. MC]

Certains de ces fonctionnaires, aussi décorés que des maréchaux soviétiques, croupissent depuis plus de deux ans dans les placards de la République.

Dernière charrette en date : une étude publiée la semaine dernière par la CFDT signale que 92 agents supplémen­taires de la seule direction des entreprises du ministère de l’Économie se sont retrouvés, cet été, privés de toute fonction et ont été invités à poser leur candidature au sein d’un autre service. Constat partagé par tous les autres syndicats.

La disgrâce est parfois liée à des aléas politiques. Deux des pestiférés imaginent qu’ils ont déplu notamment à Emmanuel Macron lorsqu’ils siégeaient à ses côtés au sein de la commission Attali sur la « libération de la croissance ». D’autres ont dirigé des services entiers sous les anciennes majorités. « Nous n’étions pourtant pas des larbins des pouvoirs en place. Simplement au service de l’État », gémit l’un d’eux.

Quinquas pas requinqués

En définitive, le carton rouge peut être brandi pour une foultitude de raisons. La direction des entreprises « est devenue le réceptacle des lobbys, peste un administrateur civil. Nous recevons les organisations patronales, qui sont les véritables sources des idées du ministère, et nous sommes maintenant leurs petites mains. Il faut exécuter mais surtout ne pas penser. » Sous peine, comme pour onze d’entre eux, d’être mis en quarantaine…

Un comble pour des placardisés qui ont tous plus de 50 ans. « Les « jeunes vieux » sont dans le viseur, vitupère un syndicaliste. L’âge idéal, maintenant, pour un poste à responsabilité, est de 35 ans. »

Riante histoire que celle d’une directrice d’administration qui, l’an dernier, recevait un administrateur civil quinquagénaire. « Vous n’avez pas le profil. Moi, je ne recrute que des candidats jeunes et frais », lança-t-elle, non sans élégance. A son tour, la sémillante vient d’être poussée vers le placard par l’adjoint « jeune et frais » qu’elle avait finalement recruté.

Le chef de service de l’une des grandes directions de Bercy a été prévenu, l’an dernier, que son boulot était mis « à la vacance ». En clair : il était viré, et un appel à candidatures était lancé. Son successeur ? Un jeune contractuel. Parmi les dernières nominations à Bercy figurent de même un directeur et deux sous-directeurs tout juste trentenaires.

Survivre dans un placard ? C’est invivable, ont raconté au « Canard » plusieurs hauts fonctionnaires : honte, sentiment de déclassement, perte de pouvoir d’achat (le salaire est maintenu mais pas les primes, qui, à Bercy, est équivalent à un tiers du revenu), etc.

Gérald Darmanin a fini par réagir. Une cellule de soutien psychologique épaule désormais les laissés-pour-compte.

Détail : l’une de ses responsables sévissait à la direction des ressources humaines de France Télécoms lors de la vague de suicides.

Les hauts fonctionnaires sont rassurés.


Alain Guédé. Le Canard Enchainé. 30/10/2019