Echo rural de Saint-Paul-de-Fenouillet (Pyrénées-Orientales)

Sur la porte du bureau de poste de Saint-Paul-de-Fenouillet, commune de moins de deux mille habitants dans les hauts cantons des Pyrénées-Orientales, plusieurs autres logos s’accolent à l’oiseau bleu sur fond jaune.

  • La Poste,
  • Pôle emploi,
  • la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat),
  •  la Mutualité sociale agricole (MSA),
  • l’Assurance-maladie et de la Caisse des allocations familiales (CAF).

Depuis un an, l’exigu bureau de poste de la commune s’est transformé en « maison de services au public », dite MSAP. 

Sur leur site internet, les MSAP, créées sous le gouvernement Valls en 2014, se présentent comme « une offre de proximité et de qualité à l’attention de tous les publics », « un lieu unique » où les usagers seraient accompagnés par des agents dans leurs démarches de la vie quotidienne. Les maisons de services au public promettent également d’articuler « présence humaine et outils numériques ».

Il suffit pourtant de pousser la porte de la poste du bourg, entre 9 – 12 h. le matin et 14 – 16 h. l’après-midi, pour déchanter.

La « maison de services » offre plus une vaste collection de sigles qu’un réel accès aux différents services publics essentiels. Pourtant, dans ce département, les besoins sont nombreux. Les Pyrénées-Orientales sont le département français qui compte le plus fort taux de chômage, au-delà de 14 %. Alors qu’au niveau national, on enregistrait une baisse de 0,7 % du nombre d’inscrits à Pôle emploi au premier trimestre, les chiffres concernant le département sont en hausse de 1,7 %. C’est la plus forte augmentation de tout le pays. Bien que toutes les catégories soient touchées, les femmes payent le prix le plus fort, avec une hausse du nombre de demandeurs d’emploi de 2,18 % cette année.

À Saint-Paul-de-Fenouillet, dans le bureau de quelques mètres carrés d’un blanc immaculé, les affiches de La Poste chevauchent celles de Western Union, de Colissimo, des feuilles blanches avec des inscriptions au feutre indiquant que les mandats en cash ne sont plus acceptés ou encore une grande affiche de la MSAP où est inscrit que « le service public s’engage pour améliorer la qualité de service ».

À côté des trois uniques chaises, dans un coin, un ordinateur est installé. L’écran, positionné en hauteur, est visible de tous. Une fois allumé et quand la connexion fonctionne correctement, ce qui n’est pas toujours le cas selon Caroline, habitante de la commune, l’ordinateur donne accès à Internet. « On peut aussi imprimer gratuitement », ajoute la mère de famille. Sur le bureau de l’ordinateur, l’accès est direct aux sites des organismes de service public cités ci-dessus.

[…]

Pendant que Caroline remplit son dossier de la MSA, visible des trois habitants qui attendent sur une chaise de poster une lettre ou de récupérer un colis, la postière, coincée derrière son guichet, enchaîne les petites tâches et les envois à un rythme soutenu. Elle n’accordera pas un instant à Caroline. « J’aide quand je peux, mais c’est très compliqué », indique t-elle. La postière préfère ne pas donner son nom et balaye rapidement les questions sur ses conditions de travail : « C’est plus de travail pour moi, mais si ça peut nous permettre de garder le bureau et de ne pas fermer, ça me va. » Elle explique avoir demandé, pour assurer un meilleur service, à disposer des créneaux de rendez-vous pour ses missions liées à la MSAP. On ne lui a pas répondu.

Dans la commune, le désengagement de l’État s’est fait progressivement. Les permanences qui se tenaient auparavant en mairie ont été supprimées les unes après les autres. […]

Interrogé sur les raisons de ces suppressions, le maire, Jacques Bayona, tente une explication : « Le personnel qui venait part à la retraite et […] puis, ils ont d’autres missions ailleurs. Les services publics ont de moins en moins d’agents, ils dématérialisent de plus en plus, les permanences physiques se font moins, d’où la création des MSAP et demain, des maisons France Services. » [Un sigle qui s’apparente en le lisant vite a « mes fesses » (mfs) traduction, moi Macron, j’me fout d’vot Tronche. MC]

Promesse formulée par Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse, censées apporter des réponses au « grand débat » pour tenter de calmer les « gilets jaunes », les MFS à venir ressemblent à s’y méprendre aux MSAP, en service depuis 2014. […]

Dans un entretien donné au Parisien en juin dernier, Jacqueline Gourault, la ministre de la cohésion des territoires, donnait les détails sur ces guichets uniques : « Vous avez déjà sur le territoire 1 340 maisons de services au public, mais elles sont de niveaux très différents. L’idée est d’élever leur niveau général avec un panier commun de services et d’en créer au moins cinq cents supplémentaires d’ici trois ans, de façon à mailler tout le territoire. »

Dans le village de Saint-Paul-de-Fenouillet, une nouvelle fermeture de service public est [programmée] : la trésorerie publique. La fermeture programmée s’inscrit dans un projet de réorganisation de la Direction générale des finances publiques dans le département et toute la région.

[…]


Khedidja Zerouali. Médiapart. Titre original : « En milieu rural, le service public minimum se fait désirer ». Source (Extrait)