Étiquettes

C’est à Jean-Yves Le Drian que le chef de l’Etat a demandé d’être son porte-parole et de faire savoir, en termes mesurés, ce qu’il pensait du lâchage des Kurdes par les Etats-Unis.

Le 15 octobre 2019, six jours après l’entrée en Syrie de 18.000 soldats turcs avec blindés, artillerie et aviation, le patron du Quai d’Orsay a donc délivré le message jupitérien aux sénateurs de la commission des Affaires étrangères et de la Défense : « Les Etats-Unis adressent des signaux contradictoires, et il est certain qu’il va falloir réfléchir à la relation transatlantique. »

Traduction en langage plus clair : « Trump dit tout puis son contraire, et aussi n’importe quoi. Il faut donc reconsidérer nos relations avec l’Otan et en finir avec les méthodes impériales des Etats-Unis. » Vaste programme…

Si Macron et quelques autres Européens ont vraiment l’intention de « réfléchir à la relation transatlantique », comme dit Le Drian, ils en auront l’occasion en décembre, lors du 70eanniversaire de l’Otan, qui devrait être célébré en grande pompe.

Mais qui osera alors reprocher aux Américains (et ça ne se limite pas au seul Trump) de « toujours jouer perso », comme le déplore un diplomate français au nom de ses collègues européens ?

Et qui osera accuser les représentants de la Grande Amérique de n’admettre que des alliés bienveillants et prêts à participer aux expéditions militaires décidées par les seuls présidents américains ?

Ce fut le cas, jadis, en Serbie avec efficacité. Nettement moins en Afghanistan et en Irak, deux guerres menées avec le concours de certains membres de l’Otan, dont la France (qui refusera cependant de s’engager en Irak).

« Des guerres sans victoire », selon la formule du général Lecointre, le chef d’état-major des armées françaises.

En réalité, deux désastres politiques qui ont favorisé le développement de Daech et d’Al-Qaida, et l’exportation du terrorisme en Occident. Sans compter les centaines de milliards dépensés en pure perte, avec pour résultat, après seize ans de guerre, des amis de l’Iran au pouvoir à Bagdad, et une négociation avec les talibans afghans que Trump a engagée sans avoir consulté sesalliés (qui les avaient pourtant, eux aussi, combattus pendant dix-huit ans…)

Si certains membres de l’Otan ont vraiment la volonté de remettre en question les relations actuelles au sein de l’Alliance atlantique, « il leur faudra menacer de la quitter », prétend un militaire partisan de cette rupture.

Car Trump, persuadé d’agir pour le bien des Etats-Unis et avec toujours en tête sa future campagne présidentielle, n’a aucune intention de « partager les pouvoirs que tous les présidents des Etats-Unis ont exercés depuis la création de l’Otan », affirme un vieux routier du Quai d’Orsay.

A preuve, l’autorisation qu’il a accordée au Grand Turc d’entrer en Syrie et de s’en prendre aux Kurdes qui ont combattu Daech.

Nouveaux risques nucléaires

A preuve aussi, sa volonté de «  protéger, voire [de] sanctuariser », l’Arabie saoudite. Là encore, les alliés des Etats-Unis n’ont pas été consultés.

La Maison-Blanche a ainsi annoncé l’arrivée prochaine en Arabie de 3.000 soldats (ce qui portera les effectifs des protecteurs américains à 18.000) et d’une dizaine de bombardiers F-22 Raptor et B-1B Lancer, les meilleurs avions de l’US Air Force.

Une autre initiative de Donald Trump devrait inquiéter les membres de l’Otan. « Le 5 février 2018, à Washington, le ministre de l’Energie [avait] annoncé la mise en fabrication d’une première tranche de 30 bombes nucléaires « miniaturisées » » (« Le Canard »», 7/2/18). Selon un document du Pentagone, cité dans le même article, « ces armes permettent au président Trump de mener une guerre nucléaire limitée (…) sans déclencher de conflit mondial ». Mais avec le risque d’y entraîner ses alliés.

Une bonne nouvelle, malgré tout : l’arrivée de ces petites merveilles de technologie, annoncée pour 2020, a pris environ deux ans de retard. Et une mauvaise : elles seront utilisables pendant trente ans…


Claude Angeli. Le Canard enchaîné. 30/10/2019