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Une bombe sociale pour les plus précaires

Une partie des nouvelles règles d’indemnisation de l’assurance-chômage entrent en vigueur au 1er novembre. Elles supprimeront des droits à plus d’un million de chômeurs. Une régression d’une ampleur inédite.

«Y a pas de travail, Monsieur. Comment fait-on avec 790 euros par mois ? »

La semaine passée, une demandeuse d’emploi interpellait Emmanuel Macron à La Réunion. Avec une réforme de l’indemnisation instaurée par décret et entrant en vigueur ce 1er novembre, la situation déjà très délicate des 6,5 millions de chômeurs dans les territoires d’outre-mer comme en métropole va se dégrader à vitesse grand V. Sur les 2,5 millions d’inscrits à Pôle emploi qui auraient ouvert des droits à l’assurance-chômage (si les conditions n’avaient été modifiées), plus d’un million vont se retrouver impactés dès la première année, selon les chiffrages de l’Unédic (organisme de gestion paritaire de l’assurance-chômage). Et pour cause, le montant des économies qui seront réalisées sur ce régime déficitaire donne le tournis.

Alors que le gouvernement tablait sur 3,5 milliards à 3,9 milliards d’euros d’économies, ce plan ultradrastique va bien au-delà des prévisions initiales, avec près de 6 milliards d’euros sur trois ans. Le traitement de choc des demandeurs d’emploi prescrit par le pouvoir passera d’abord par une modification des conditions d’affiliation.

6 mois de travail sur une période de référence de 24 mois seront nécessaires pour entrer dans l’indemnisation, soit 910 heures ou 130 jours, contre 4 mois d’activité sur 28 mois précédemment. 710 000 personnes vont être affectées dès la première année.

La discontinuité de l’emploi encore plus pénalisée

Il est vrai que les droits rechargeables, la possibilité de faire valoir leurs périodes de travail antérieures pour rajouter des droits, une des mesures portées par la CFDT en 2014, ont aussi pris un sérieux coup dans l’aile. Alors que seules 150 heures, soit 1 mois d’activité, étaient nécessaires pour percevoir une indemnisation, il faudra désormais attendre 6 mois à partir du 1er novembre… 30 000 personnes seront impactées.

Pour Charline, travaillant à mi-temps dans une association pour 850 euros complétés par 300 euros d’allocation, c’est la douche froide. « J’ai reçu un courrier de Pôle emploi pas très clair. Personne ne m’a rien expliqué. » De fait, avec la totalité de ses droits antérieurs éclusés et son contrat à mi-temps, insuffisant en termes d’heures, elle ne pourra prétendre à une allocation à la fin de son CDD.

Tous les chômeurs frappés par la discontinuité de l’emploi, qu’ils soient titulaires de micro-contrats, de CDD, de missions temporaires, sont percutés de plein fouet… Dans un contexte où deux tiers des embauches sont réalisées sur des contrats de moins d’un mois, entrer dans l’assurance-chômage va devenir mission impossible.

« Un contrat intérimaire dure en moyenne 506 heures annuelles pour un homme, 350 heures pour une femme. Alors que c’était déjà compliqué d’accéder au système, il faudra près de trois ans pour qu’une femme puisse toucher des allocations (à partir de 910 heures – NDLR). Des intérimaires n’arriveront jamais à recharger des droits, sachant qu’on est tributaire des employeurs qui nous appellent au pied levé. »

Les cadres sont aussi concernés

Ceux percevant plus de 3 500 euros net de revenu verront leurs allocations chuter de 30 % dès le septième mois avec un plancher à 2 261 euros. Jean-François Foucard, secrétaire national de la CFE-CGC, pointe l’hypocrisie du gouvernement : « Il a voulu viser les soi-disant riches, mais ne touche pas aux gens qui seraient éligibles à l’impôt sur la fortune… »

Reste que ce premier tsunami sera vite suivi par une deuxième vague.

Dès le 1er avril, le changement du mode de calcul du salaire journalier de référence (SJR), servant de base pour déterminer le montant de l’allocation, va sévèrement faire chuter les droits des personnes cumulant emplois et indemnisation.

(1) Les prénoms ont été changés.


Cécile Rousseau. Titre original : «Assurance-chômage. Une bombe sociale pour les plus précaires ». Source (extrait)