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[…] … pour obtenir une hausse du budget des hôpitaux, les médecins cessent le transfert informatique des actes réalisés au sein des établissements, à l’assurance-maladie.

 […] Dans plusieurs établissements franciliens, la « grève du codage » se diffuse à tous les étages.

Les praticiens des hôpitaux Ambroise-Paré et Fernand-Widal (Paris, Hauts-de-Seine) ne transmettent plus par informatique les codages des soins, permettant à l’hôpital de facturer à l’assurance-maladie les actes effectués en son sein.

Ils rejoignent la protestation emmenée par le jeune collectif interhôpitaux, suivie d’abord par l’ensemble des services des hôpitaux Robert-Debré, Bretonneau et Beaujon (Clichy, Hauts-de-Seine), ceux de plusieurs services parisiens de la Pitié-Salpêtrière, de Bichat, de Cochin, de Bicêtre (Val-de-Marne). Un peu partout, des assemblées générales s’organisent en présence de l’ensemble des catégories de l’hôpital public pour décider de participer ou non à l’« arrêt du codage T2A ».

Partie de Paris, la « grève du codage » a essaimé en région.

À Marseille, l’ensemble des services de pédiatrie des établissements de la Timone et de l’Hôpital Nord sont entrés dans la danse. Le lundi 21 octobre 2019, c’était au tour des services de pédiatrie du CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) de rejoindre la contestation. En réalité, la grève prend la forme d’une « rétention » du codage : les médecins codent leurs actes, sans les communiquer aux directions.

Ce mode de protestation a une « valeur symbolique et politique », met en avant le psychiatre au CHU Henri-Mondor (Val-de-Marne), Antoine Pelissolo, moteur du mouvement social avec d’autres médecins influents comme l’hépatologue Anne Gervais, ou les neurologues François Salachas et Sophie Crozier. « C’est notre seul moyen de faire pression sur le gouvernement, poursuit-il, car les grèves s’appliquent mal à l’hôpital, un médecin ne va pas arrêter de prodiguer des soins. »

Partout, les chefs de service, médecins, infirmières, internes défendent les revendications votées lors de la première assemblée générale du collectif interhôpitaux, le jeudi 10 octobre 2019. Ils demandent une augmentation du budget des hôpitaux dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2020 (qui devrait être voté aujourd’hui en première lecture à l’Assemblée nationale), une hausse de 300 € net des salaires des soignants et l’arrêt de la fermeture des lits d’hôpitaux.

[…]

Avec la rétention des codages, les soignants exigent la révision du mode de financement des hôpitaux, fondé sur la tarification à l’activité (T2A).

Introduit en 2004, ce mode de financement fixe le budget des hôpitaux en fonction des actes réalisés, certains rapportant plus que d’autres : les actes techniques sont bien rémunérés, contrairement à la prise en charge des patients ayant des troubles psychiatriques ou des personnes âgées.

La T2A pousse les établissements à privilégier une activité plutôt qu’une autre et à la développer pour rapporter de l’argent à l’hôpital. […]

Depuis l’entrée en mouvement des médecins, le discours politique a largement évolué. « Il y a de la souffrance à l’hôpital et il faut y répondre, qu’on apporte un soutien immédiat, c’est légitime et juste », a admis lundi sur RTL Bruno Le Maire, ministre de l’Économie. […]

 « On a fait un très gros travail pour penser l’hôpital et la santé de demain », a estimé le chef de l’État, mais « on arrive au bout d’un système qui tirait sur la corde depuis dix ou quinze ans ».

Ces paroles vont-elles suffire à apaiser les colères [ou les attiser] ?


Lola Ruscio. Titre original : « santé. La « grève du codage » prend de l’ampleur dans les hôpitaux. ». Source (Extrait)  https://www.humanite.fr/sante-la-greve-du-codage-prend-de-lampleur-dans-les-hopitaux-679449