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Aux États-Unis, les mouvements féministes se sont développés au XIXe siècle, comme en Europe.

Après la « libération » des années 1960, la mobilisation des femmes pour le respect et l’égalité est plus que jamais d’actualité.

Les Women’s Marches et le mouvement #MeToo de 2017 nous invitent à revenir sur l’histoire sociale et politique du féminisme et de l’antiféminisme américains. À certains égards, les États-Unis ont été précurseurs, mais ils se sont aussi inspirés d’idées et de militantes étrangères, s’inscrivant dans un mouvement transatlantique pour l’égalité des sexes. Par effets de contexte et de culture, la temporalité de la politisation des questions sexuelles varie d’un pays à l’autre.

Un premier mouvement suffragiste

La convention de Seneca Falls de 1848, dans l’État de New York, apparaît fondatrice. Alliant revendications féministes et antiesclavagistes, elle se concentre sur l’extension aux femmes des droits civiques. Vingt ans plus tard, le 14e amendement à la Constitution accorde la citoyenneté à toutes et à tous (à l’exception des Amérindiens, qui ne l’obtiendront qu’en 1924), mais le 15e amendement, s’il garantit le droit de vote quelle que soit la « race », en a exclu les femmes. En 1890 est créée la National American Woman Suffrage Association, qui milite pour le droit de vote des femmes et promeut leur rôle dans la moralisation de la société (lutte contre l’alcoolisme, la prostitution, etc.).

La mobilisation via, par exemple, des manifestations, en particulier au pied du Capitole, alors que les femmes ont gagné une légitimité sociale en remplaçant les hommes dans les usines lors de la Première Guerre mondiale, conduit à l’obtention du droit de vote en 1920, via le 19e amendement. Cela apaise pour un temps les revendications, l’émancipation économique et domestique devant « naturellement » suivre. Un autre mouvement suffragiste, et pour la libération sexuelle, est incarné par le National Woman’s Party. Ces groupes sont surtout composés de femmes blanches des classes aisées (…).

Avec la liberté et la démocratie pour idéaux, les Etats-Unis sont devenus la première puissance mondiale. Comment y sont-ils parvenus ?
Ce numéro spécial revisite les grands épisodes de l’histoire du pays de tous les possibles et offre une passionnante photographie de la société américaine, surprenante par ses particularités, sa diversité et ses fractures. Reste-t-elle fi dèle à ses valeurs fondatrices sous la présidence de Donald Trump ? Son leadership sur la scène internationale est-il menacé par la Chine ?
Réponses des meilleurs spécialistes accompagnées de nombreuses cartes originales.

Nous avons fait un rêve américain

Bien sûr, tout le monde connaît les États-Unis… ou croit les connaître. Les noms de leurs métropoles et de leurs 50 États habitent depuis longtemps notre imaginaire ; les jeux de cow-boys et d’Indiens ont colonisé nos cours de récréation ; le cinéma hollywoodien possède nos coeurs ; les musiques de Dizzy Gillespie, Joan Baez, Elvis Presley, Beyoncé ou Eminem ont résonné dans le monde entier ; les lectures d’Ernest Hemingway, Philip Roth ou Toni Morrison, la nobel décédée en août 2019, ont tenu en éveil des millions de lecteurs ; et entrer dans l’« univers impitoyable » de Dallas – ou de House of Cards pour les plus jeunes – fut une découverte singulière, comme celle du fast-food, devenu un plaisir (presque) universellement partagé. Enfin, même sans avoir jamais foulé son sol, chacun connaît cette Amérique (du Nord) pour avoir planché au lycée sur son « hyperpuissance » et son hégémonie mondiale aux niveaux économique, technologique et militaire.

Mieux, tout le monde admire ce pays qui a su décrocher la Lune voilà un demi-siècle. Impossible de ne pas adhérer aux trois fondements inscrits par Thomas Jefferson dans la Déclaration d’indépendance des États-Unis en 1776 : la vie, la liberté, la recherche du bonheur. Difficile de ne pas être inspiré par ce pays si jeune dont la démocratie est la plus ancienne et la plus durable de notre Histoire contemporaine.

Même notre vénérable Révolution française (1789) s’en est directement inspirée. Et le vent de contestation des années 1960 (mouvements pour les droits civiques des Noirs, l’émancipation des femmes, l’abolition de la peine de mort…) a traversé l’Atlantique pour venir ébranler la vieille Europe. De nos jours, comment ne pas saluer ce grand pays capable, quelques décennies après la fin de la ségrégation, d’élire un président noir ou, plus récemment, de placer une femme noire (et homosexuelle) à la tête de la mairie d’une ville comme Chicago ?

Mais cette nation agace aussi, comme ce camarade de classe qui, jadis, incarnait tout ce que nous aurions aimé être… et qui le sait : elle vante sa justice, son État de droit, sa richesse, sa liberté et se targue de propager depuis plus d’un siècle la démocratie sur notre planète. Une arrogance teintée de paradoxes, mélange d’ouverture et d’« America first ».

Un pays né de migrations successives qui, aujourd’hui, ne veut plus des autres (Mexicains, Syriens, etc.) ; une société à l’économie prospère avec une classe moyenne qui régresse et un cinquième de la population exclu de l’American dream ; une nation de paix armée jusqu’aux dents ; un président, Donald Trump, à la tête du pays le plus pollueur de la planète, capable de se dédire d’engagements internationaux ; un pays qui n’a jamais été aussi puissant (Gafam, technologie) mais dont le temps de domination sans partage semble révolu, puisqu’il est talonné, voire dépassé, par la Chine, déjà devenue le leader mondial de l’intelligence artificielle.

Une arrogance plus tout à fait de mise, donc, face à ce très sérieux rival asiatique qui concurrence le leadership américain. C’est cette fascination-répulsion pour l’empire des temps modernes que les rédactions de La Vie et du Monde racontent et décryptent ici. Un pays aimé, parce qu’il nous fait rêver, un pays détesté parce qu’infidèle à ses valeurs fondatrices.


Chantal Cabé, La Vie, Michel Lefebvre, Le Monde – Article paru dans le hors-série « L’empire américain » (« Le Monde », « La Vie »), 17/10/19.  Lu dans la lettre IRIS N° – Lecture libreLien avec l’article sur le blog de Cécile Naves