Dans les banques, ça sent le roussi et les créances pourries

Onze ans après le krach de 2008, les banques restent bien fragiles […]. Des difficultés des banques, on ne voit bien souvent que les plans de licenciement, qui suivent et se ressemblent. Plusieurs études parues ces dernières semaines montrent que la crise est très profonde.

1 Des dettes pourries bien présentes

Il reste encore un stock conséquent de créances « douteuses » ou « non performantes » dans les banques européennes. Par cet euphémisme, il faut comprendre des prêts qui ne seront pas remboursés. Et en volume, la France est deuxième, avec 124 milliards d’euros de créances pourries dans les banques […].

C’est une étude publiée en début de semaine dernière par le cabinet d’audit Deloitte, et qui s’appuie notamment sur des données de l’Autorité bancaire européenne, qui l’a mesuré. […] La politique des taux d’intérêt très bas, négatifs même, décidée par la Banque centrale européenne (BCE), devait leur permettre d’écouler à peu de frais ces créances douteuses. Mais les banques ont préféré « titriser » ces dettes, les découper et les proposer dans de nouveaux produits financiers. Une place de marché financier secondaire européen a été récemment créée dans ce but. La logique même qui avait mené à la crise de 2008…

2 Un tiers des banques en danger

354 banques (situées principalement en Europe de l’Ouest et en Asie) présenteraient une rentabilité anormalement faible, assurait la semaine dernière le cabinet McKinsey. Au point qu’elles ne résisteraient pas à un retournement de conjoncture. Or, les perspectives sont en berne, l’OCDE s’attend pour 2019 à « la croissance mondiale la plus faible depuis la crise de 2008 ».  […] « La politique durable des taux bas pose question, reconnaît une experte en banques et assurances. Mais le problème est que la rentabilité n’est plus assez forte pour les actionnaires, même si leurs dividendes ne cessent d’augmenter. » […]

Les banques traditionnelles se consolent avec les augmentations de frais bancaires. […]

3 Des aides publiques au profit des actionnaires

Pourtant, les banques ont, depuis 2014, touché une manne d’argent public. Le pacte de responsabilité (des allègements de cotisations familles, salariales et diverses baisses de l’impôt sur les sociétés) a rapporté 14 milliards d’euros au secteur financier. « Soit près de 10 milliards d’euros pour les banques et 4 milliards pour les assurances. Et cet argent, plutôt que de servir l’emploi, a servi les actionnaires », explique Luc Mathieu, secrétaire général de la CFDT banques. […] Ces montants sont conséquents puisqu’ils représentent, juste avec le Cice, une baisse de 10,6 % du « coût » de la masse salariale pour les banques.

Le travail prospectif réalisé par les cabinets d’experts montre que, de 2019 à 2022, le maintien de ces mesures devrait représenter un cadeau de 9,6 milliards d’euros pour le secteur bancaire. « Si encore, au minimum, ils avaient respecté leurs engagements… » soupire Luc Mathieu. En contrepartie de ces milliards, les banques avaient en effet formulé seize promesses portant sur l’emploi, la formation et l’égalité professionnelle, seules trois ont été respectées.

4 Une hécatombe salariale

Alors que les banques s’étaient engagées au moment du pacte de responsabilité à procéder à 40.000 embauches, le solde net des emplois dans le secteur bancaire français a chuté de 11.000 postes en cinq ans. Et ces dernières semaines encore, les plans sociaux s’enchaînent. […] « Selon les banques, les méthodes varient : rupture conventionnelle collective ou PSE, explique Valérie Lefebvre-Haussmann. D’autres tablent sur les « départs naturels » , et j’insiste sur les guillemets. On recense de plus en plus de licenciements pour inaptitude et pour faute. Et de plus en plus de demandes de recours, car les employeurs ne respectent pas toujours l’échelle des sanctions et licencient à la première faute trouvée. »

5 La régulation empêchée

Ces dernières années, près de 4,5 milliards d’euros ont été dépensés par le secteur financier auprès des institutions publiques pour empêcher la régulation, a révélé début octobre le FMI. Ce qui en fait le secteur aux plus lourdes dépenses de lobbying au monde. Tandis que la majorité des projets peu contraignants deviennent des lois, aucun projet de régulation ambitieux ne réussit, remarque le FMI, qui montre également que les banques les plus agressives en matière de lobbying sont celles qui prennent le plus de risques, qui souffrent le plus des crises, mais qui arrivent ensuite à obtenir le plus d’aides publiques. 

L’institution internationale pointe également le principe des « portes tournantes », à l’image de François Villeroy de Galhau, haut fonctionnaire qui passe à la BNP avant de devenir gouverneur de la Banque de France. « La Fédération bancaire française a un bureau à Bruxelles, alors que nous, non, ironise la secrétaire générale de la CGT banques. Par exemple, sur les frais bancaires des personnes fragiles, nous avons été reçus à Bercy, auditionnés à l’Assemblée, au Sénat… Et deux mois plus tard, Bruno Le Maire se contente de dire : “On va faire confiance aux bonnes pratiques des banques.” Avec le résultat que nous voyons aujourd’hui. »


Pierric Marissal. L’Humanité. Source (Extrait)


4 réflexions sur “Dans les banques, ça sent le roussi et les créances pourries

  1. bernarddominik 28/10/2019 / 17:43

    Difficile de savoir la vérité sur les banques.
    Il y a tellement eu de fausses informations, les taux bas les fragilisent mais certaines banques ont de grosses réserves au cas où…
    En 2008 on a raconté n’importe quoi.

  2. Filimages 28/10/2019 / 18:28

    Si même le FMI pointe du doigt les banques… c’est grave !
    Effectivement, la rumeur devient de plus en plus grandissante sur un nouveau crack financier. J’ai l’impression que c’est la politique de l’autruche qui prévaut…

  3. jjbey 28/10/2019 / 23:33

    Le système est incorrigible on accumule de l’argent qui ne sert à rien et on spécule sur des valeurs introuvables car complètement déconnectées de la valeur réelle. Un crack? certainement mais quand? Toujours est-il que ceux qui tirent les ficelles sont à l’abri et que ce seront encore les plus pauvres qui vont dérouiller.

  4. fanfan la rêveuse 29/10/2019 / 09:07

    Triste constat encore !
    Le monde de la finance mène la danse mais tout a une fin… 🙁

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