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Pourquoi les « gros » industriels se gêneraient ?

La Roche-sur-Yon (Vendée). […] Six ans après la restructuration dans la douleur de l’usine de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire), les salariés de Michelin ont le sentiment de revivre le même scénario.

S’ils ont convergé par centaines à la Roche-sur-Yon en provenance de très nombreux sites de France (Clermont-Ferrand, Roanne, Le Puy-en-Velay, Cholet, Montceau-les-Mines, Vannes, Bourges…), ce jeudi 24 octobre, jour de grève nationale chez le géant du pneu à l’appel de la CGT, ce n’est pas seulement par solidarité avec leurs collègues vendéens. Ceux-ci sont frappés à leur tour par une décision de fermeture qui laisse sur le carreau 620 emplois (un nombre qui grimpe à 2 400 avec les emplois induits) […].

Se battre pour sauver l’usine

« J’étais secrétaire de la CGT Michelin de Joué-lès-Tours quand Jean-Dominique Senard (le PDG de Michelin – NDLR) a promis un investissement massif à La Roche-sur-Yon » en échange de l’arrêt de la fabrication de pneus en Touraine, se rappelle Claude Guillon.

« On va créer à La Roche-sur-Yon une usine de pneumatiques poids lourds de classe mondiale », avait alors annoncé à la radio le patron de la multinationale.

C’était en juin 2013. « On voit le résultat aujourd’hui », commente un salarié de l’usine sur le parcours de la manifestation qui a bloqué, jeudi midi, l’un des grands axes d’accès de la préfecture de la Vendée.

Dans la cour de l’usine, les visages sont tendus. […] « Les négociations ont commencé hier, mais la direction a déjà annoncé qu’elle voulait que tout soit bouclé pour le 11 décembre, dénonce Anthony Guilloteau, délégué syndical de l’usine de La Roche-sur-Yon. Elle ne veut pas de vagues, ni de publicité. Les dirigeants ont tellement peur de se faire casser la gueule par des salariés en colère qu’ils proposent de faire les négociations à Angers », à 130 kilomètres de là. « Il n’y a pas de négociation sans mobilisation », tempête Serge Allègre, du haut de ses 32 ans d’ancienneté chez Michelin. […]

« On veut des CDI, pas de petits contrats. Aujourd’hui, la direction nous propose de prendre la porte avec 30 000 euros par salarié » à l’ancienneté moyenne de 14 ans, explique Anthony Guilloteau. […]

« Tous les sites sont rentables, insiste Michel Chevalier, le délégué syndical central. Mais Michelin organise la concurrence entre ses usines dans le monde pour faire 15 % de rentabilité et satisfaire ses actionnaires. Cette logique n’a pas de fin : demain, ce sera 17 %, puis 18 %… »

Au conseil social et économique central (CSEC), mercredi, les délégués syndicalistes ont d’ailleurs souligné que l’expert nommé auprès des représentants du personnel « a démontré, chiffres à l’appui, que Michelin a volontairement surchargé les autres sites de pneus poids lourd au détriment de La Roche-sur-Yon, dans le but de faire capoter le plan de compétitivité », baptisé « Skipper », et qui devait transformer l’usine en championne du marché.

[…] … la décision de fermer La Roche-sur-Yon s’accompagne de restructurations d’autres sites : 74 emplois supprimés à Cholet (Maine-et-Loire), 13 postes de moins à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), égrène Michel Chevalier. Quant à Roanne, « on en est à 200 emplois de moins depuis trois ans ». […]

Quant aux promesses de reclassement, personne n’y croit réellement. […] La décision de se débarrasser du site vendéen provoque d’autant plus d’écœurement que l’entreprise a perçu énormément de fonds publics. 330 millions d’euros ces cinq dernières années en aides diverses et Cice, […] quand, dans le même temps, elle a versé plus de 2,7 milliards de dividendes à ses actionnaires, et 1 milliard en rachat d’actions pour faire monter le cours en Bourse. « Michelin fait partie des patrons voyous qui financent leurs machines par le Cice et délocalisent leurs emplois », dénonce José Arriéta, élu au CSE de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

[…]


Sébastien Crépel. Titre original : « Ces patrons voyous qui touchent le Cice et délocalisent ». Source (Extrait)