Étiquettes

,

Un businessman fait de bonnes affaires à l’ombre de la ministre des Outre-mer

Compagnon à la ville d’ Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, Jean-François Vigneau ne manque pas de savoir-faire. Vivant avec elle à Saint-Pierre-et-Miquelon, il l’a brillamment montré à l’occasion de plusieurs appels d’offres publics, remportés sur l’archipel. Ainsi, en février l’an dernier, son entreprise, GSI, a enlevé le marché des « prestations de sûreté » à l’aéroport local. Un contrat de 741.924 euros hors taxes (pour trente-six mois), obtenu sans peine : GSI était le seul postulant. Et sa proximité avec Annick Girardin ne l’a certes pas handicapé.

La plus célèbre élue de cette petite collectivité ultramarine (6.300 habitants) a siégé au conseil territorial durant seize ans. Elle a été sa députée de 2007 à 2014, avant de devenir ministre de Hollande. Puis, trois ans plus tard, de Macron.

Merci, l’Intérieur !

Les succès en affaires de Jean-François Vigneau ont commencé en 2013. Collaborateur parlementaire occasionnel de sa compagne, il découvre, le 2 juillet, que le service de l’aviation civile de Saint-Pierre lance un appel d’offres pour le «gardiennage de la station [locale] Galileo », dédiée aux mesures au sol des satellites du concurrent européen de GPS, système américain de guidage.

Illico (le 23 juillet), il crée la société Gardiennage Sécurité Intervention (GSI). La chance est avec lui : la date limite de dépôt des candidatures pour le marché expire le 19 septembre. Or, la veille, GSI s’est vu attribuer par le ministère de l’Intérieur, dans un délai record, l’habilitation nécessaire pour exercer dans la sécurité privée ! Le 27 décembre, GSI décroche le contrat. Montant : 792 702 euros hors taxes pour trente-six mois.

« Il n’y avait aucune structure de ce type dans l’archipel en 2013. Jean-François a appris dans une émission de télévision que Galileo allait s’installer dans l’archipel et qu’il y aurait des besoins de sécurité », explique Annick Girardin au « Canard ». La ministre s’avoue « in­capable de dire quels appels d’offres ont été remportés par GSI ».

Un marché sur mesure

Le 14 avril 2017, nouvel appel d’offres de l’aviation civile pour le gardiennage de la station Galileo. Même topo qu’en 2013, à quelques nuances près… Dans l’avis de 2017, les candidats doivent produire des « références requises : une déclaration concernant les prestations (qui font l’objet du marché) réalisées au cours des trois derniers exercices disponibles ». Depuis trois ans, GSI a justement effectué cette mission de gardiennage pour le même site et le même donneur d’ordre. Le profil idéal !

Résultat : la société de Jean-François Vigneau l’emporte le 30 juin 2017, avec une enveloppe de 882.648 euros hors taxes. Parmi les critères d’attribution retenus . « offre économiquement la plus avantageuse ». Comme c’était la seule offre présentée, le choix a dû être ardu…

Au total, depuis six ans, le montant des marchés empochés par GSI frise les 2,5 millions d’euros.

Des résultats brillants mais qui n’éblouissent pas la ministre. « Nous sommes très clairs, très nets, insiste-t-elle. Je me suis toujours tenue éloignée de tout ça, et Jean-François ne veut pas que je m’en approche. »

Sinon, il risque d’appeler la sécurité ?


Jérôme Canard – Le Canard Enchainé – 23/10/2019