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Google, Amazon, Facebook, Apple : ces entreprises géantes aux trop grands pouvoirs.

  • Faut-il démanteler Google, Amazon, Facebook ou encore Apple, qui pèsent à eux quatre près de 3.500 milliards de dollars ?

La question peut sembler incongrue. Elle est pourtant abordée le plus sérieusement du monde aux États-Unis, où les lois antitrust autorisent une solution aussi radicale. En quelques années, les géants du numérique sont parvenus à disputer leur puissance au pouvoir politique, qu’ils inquiètent désormais.

  • Une solution radicale mais qui séduit

La menace figure de longue date dans le programme de la très démocrate sénatrice Elizabeth Warren, favorite dans son camp pour la présidentielle de 2020 : elle dénonce un abus de position dominante, qui confère à ces grandes sociétés technologiques « trop de pouvoir sur notre économie, notre société et notre démocratie. Ils ont détruit la concurrence, utilisé nos informations privées à des fins lucratives. C’est ainsi qu’ils ont nui aux petites entreprises et freiné l’innovation », conclut-elle.

Précisément ce que punissent les lois antitrust américaines, pour éviter que de grandes entreprises menacent l’organisation démocratique de la société, réduisent la concurrence et nuisent aux intérêts des consommateurs.

Un possible démantèlement séduit aussi une large partie du camp républicain. Y compris Donald Trump, qui multiplie les attaques contre Amazon, Facebook ou même Google.

L’idée fait enfin école au coeur même de la Silicon Valley où toutes ces entreprises ont germé : un certain Chris Hughes a publié une tribune au vitriol contre Facebook… qu’il a coofondée avec Mark Zuckerberg. Il y dénonce un pouvoir « hors de contrôle » : « Je suis en colère du fait que la priorité qu’il a accordée à la croissance l’ait amené à négliger la sécurité et la civilité pour la course aux clics. » Et d’appeler le gouvernement à tenir Zuckerberg pour responsable de cette situation.

  • Plusieurs procédures lancées

Reste que le démantèlement d’un monopole peut se révéler très long et complexe : l’opérateur téléphonique AT & T a été éclaté en sept entités en 1982, après sept ans de procédure. Il en fut de même pour American Tobacco ou Standard Oil au début du XXe siècle. Mais il ne suffit pas de décréter qu’une entreprise est trop grande, ou trop puissante : il faut prouver que des règles ont été enfreintes, et que cela a porté préjudice aux concurrents et/ou aux clients.

Or Amazon dit ne peser qu’une infime partie du commerce mondial, quand Google assure être en concurrence sur le marché publicitaire avec… Facebook. La force d’Apple, enfin, n’a pas empêché l’émergence de Samsung, Huawei, et autres.

Si elle reste lointaine, la menace est réelle : l’administration Trump a lancé cet été quatre enquêtes « antitrust » à l’encontre de Google, Amazon, Facebook et Apple. En parallèle, la Chambre des représentants (à majorité démocrate) a ouvert une enquête bipartisane sur le partage des marchés numériques par les géants.

Déjà éreinté par plusieurs scandales (dont Cambridge Analytica, le plus retentissant) Facebook a timidement admis que le succès de son entreprise « devait s’accompagner d’une responsabilité ». Avant une « tournée » de Zuckerberg auprès des puissants (dont Emmanuel Macron, en juin), et quelques actes de contrition : il faut réguler les réseaux sociaux, avait-il convenu. Surtout, Facebook a réclamé pour internet « de nouvelles règles » … afin d’éviter « la dissolution d’une entreprise américaine ».

Les Gafa martèlent enfin un argument de poids face aux menaces de démantèlement : une telle mesure les rendrait plus vulnérables face à des géants chinois tout aussi puissants qu’eux, mais que leur gouvernement n’a a priori aucune raison d’affaiblir.


Évolution du CA des « Gafa »

Article non Signé lu dans le « Dauphiné » du 23/10/2019