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Le droit de retrait dans le cas présent, est d’abord un appel au secours des conducteurs. C’est bien et uniquement pour dénoncer le manque de sécurité des usagers qui est exprimé, du fait du mauvais entretien du réseau ferré et celui de la suppression d’un contrôleur accompagnant le conducteur … MC

De manière inopinée, comme le code du travail l’autorise, de nombreux cheminots ont activé leur droit de retrait le 18 octobre pour protester contre la dégradation de la sécurité au sein de la compagnie, à la suite de l’accident d’un TER en Champagne-Ardenne à un passage à niveau. Le 16 octobre, le conducteur, seul à bord, a dû s’occuper des passagers avant l’arrivée des secours. Onze personnes ont été blessées [et nous rappellerons l’accident de Bretigny, entre autre … Onze blessés et pour le moment carrément oubliés du débat. MC]

Conséquence : durant deux jours – et encore dans une moindre mesure le 20 octobre –, un trafic ferroviaire extrêmement perturbé sur les réseaux régionaux, des Ouigo (TGV à bas prix) restés à quai et quelques lignes à grande vitesse non desservies. Ces perturbations, concomitantes avec le premier jour des vacances de la Toussaint, ont fait réagir les autorités de manière vive.

Le 19 octobre, Édouard Philippe a vertement critiqué la décision des organisations syndicales de vouloir, par cette action, alerter sur l’absence de personnels de plus en plus criante dans les trains : « Je ne méconnais pas le droit de retrait, a expliqué le premier ministre au micro de BFMTV. Mais, à l’évidence, quand un conducteur d’un TGV ou d’un Ouigo fait “jouer”, entre guillemets, un droit de retrait qui ne le concerne pas, c’est un détournement du droit de retrait. Et ça, ce n’est pas acceptable, car c’est une façon de détourner la loi sur la grève dans les services publics. »

Comme tout salarié, les agents de la SNCF peuvent faire valoir leur droit de retrait en cas de « danger grave et imminent », c’est-à-dire « susceptible de produire un accident ou une maladie entraînant la mort ou paraissant devoir entraîner une incapacité permanente ou temporaire prolongée ». Ils peuvent l’actionner sans délai.

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Le gouvernement et sa majorité ont, durant trois jours, confirmé une stratégie de l’affrontement. Plusieurs députés sont même montés au créneau pour affirmer leur opposition à ce mouvement.

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Cet épisode risque évidemment de ne pas améliorer les relations sociales au sein de la compagnie de chemin de fer après le vote, il y a un an et demi, du « pacte ferroviaire » prévoyant la transformation de l’entreprise en société anonyme, la fin du statut de cheminot pour les nouveaux embauchés et l’ouverture à la concurrence pour le trafic de voyageurs.

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Côté syndical, on se défend de rejouer la grève de 2018, même si un lien est fait entre la nouvelle loi et la dégradation des conditions de sécurité.

Pour Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, à propos de l’accident du TER, il estime que « la direction de la SNCF a banalisé l’événement. C’est le troisième accident en 15 jours. Nous avons alerté dès hier [le 17 octobre – ndlr]. […] C’est la direction qui n’a pas voulu discuter. »

Dans le JDD, Julien Troccaz, secrétaire général de Sud Rail, justifie l’ampleur du mouvement : « Le malaise est palpable depuis longtemps. Certains trains comme celui qui est en cause dans l’accident, mercredi, en Champagne-­Ardenne, posent des problèmes de sécurité que le conducteur ne peut pas gérer quand il est seul à bord. »

Selon le syndicaliste, « la direction est alertée depuis des années. Je peux vous garantir que le mouvement est parti sans préméditation ni organisation. Et il n’a rien d’illégal, comme l’ont confirmé tous les inspecteurs du travail qui sont intervenus depuis jeudi ».

[En tous cas se confirmerait] un mouvement de grève illimitée à partir du 5 décembre 2019.


Manuel Jardinaud Médiapart. Titre original : « SNCF: le gouvernement choisit la ligne dure contre le droit de retrait des cheminots ». Source (extrait)