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Médiapart n’a plus d’actionnaires

C’est fait ! Comme nous l’avions annoncé au seuil de l’été, notre journal est devenu, mardi 15 octobre 2019, la propriété du Fonds pour une presse libre (FPL) via une Société pour la protection de l’indépendance de Médiapart (SPIM). Toutes les actions ayant été rachetées, Médiapart appartient désormais à une structure non capitaliste, à but non lucratif.

Onze ans et sept mois, jour pour jour, après son lancement le 16 mars 2008, Médiapart est entré, ce mardi 15 octobre, dans une nouvelle époque de son histoire. Afin de rendre irréversible son indépendance, notre journal est aujourd’hui devenu la propriété d’une structure non capitaliste, à but non lucratif. L’ensemble de son actionnariat a été racheté par la Société pour la protection de l’indépendance de Mediapart (SPIM), elle-même propriété du Fonds pour une presse libre (FPL). C’est l’aboutissement d’un projet sans précédent dans la presse française, dont nous avions annoncé la mise en œuvre il y a plus de cinq ans, en mars 2014.

Créé durant l’été, le Fonds pour une presse libre  est un fonds de dotation, éligible aux dons de particuliers ou d’entreprises, dont l’objectif est la défense et la promotion de la liberté de la presse, de l’indépendance du journalisme et du pluralisme de l’information. Son conseil d’administration, qui a déjà tenu trois réunions et constitué son comité stratégique, organise actuellement sa montée en puissance progressive avec, d’ici la fin de l’année, une communication publique appuyée sur un site internet expliquant ses finalités et permettant de lui soumettre des demandes. 

Dans le cadre de sa mission d’intérêt général, destinée à l’ensemble de la profession et menée en toute indépendance de Médiapart, le FPL garantit désormais l’indépendance économique de notre journal dont il détient l’entière propriété via une Société pour la protection de l’indépendance de Médiapart (SPIM). Notre entreprise n’a donc plus d’actionnaires, son capital étant devenu incessible, non achetable et non spéculable. Cette sanctuarisation de la propriété de Médiapart préserve définitivement son indépendance.

La valorisation de l’entreprise retenue pour cette opération, par deux expertises, est de 16,3 millions d’euros. Outre 4,4 millions de réserves, le rachat de l’ensemble des actionnaires de Médiapart (ses cofondateurs, sa société des amis, sa société des salariés, les sociétés Doxa et Ecofinance) est financé par un emprunt de 5,5 millions d’euros auprès du Crédit coopératif, sur 8,5 ans à un taux de 1,18%. Son remboursement, sur nos résultats annuels, est totalement compatible avec la marche normale de notre entreprise qui, depuis plusieurs années, dégage un minimum de 2 millions d’euros de résultats net. 

En complément de cet emprunt, le financement de l’opération est assuré par la générosité d’Ecofinance : Jean-Louis Bouchard, qui a accompagné Médiapart depuis sa création, a choisi de faire don du montant de ses actions, soit un million d’euros. De même, l’autre actionnaire extérieur, Doxa, représenté par James Sicard pour Thierry Wilhelm, assure un crédit vendeur de 2,5 millions d’euros, ce qui signifie qu’il renonce à toucher dès aujourd’hui le prix de ses actions. Les quatre cofondateurs de Médiapart font de même, garantissant jusqu’en 2026 un crédit vendeur de 2,9 millions d’euros.

Bref, grâce à toutes ces bonnes volontés, le coût de l’opération ne pèsera aucunement sur la vie de Médiapart qui pourra continuer à investir, comme nous l’avons toujours fait, dans le développement de ses contenus et la croissance de son équipe. L’essentiel, c’est qu’ainsi une solution innovante et inédite a été trouvée pour préserver notre indépendance économique qui, jusqu’alors, reposait sur le seul contrôle du capital par les cofondateurs. D’ici la fin de l’année, un nouveau conseil d’administration de Médiapart traduira cette évolution où les cofondateurs, toujours salariés de l’entreprise, accompagnent le passage de témoin à une nouvelle génération de responsables.

Pour vous, lectrices et lecteurs fidèles, rien ne change, sinon en mieux : dans le paysage sinistré de l’information, où la plupart des médias sont sous l’emprise d’intérêts économiques extérieurs au journalisme, votre journal a rendu son indépendance irréversible. Elle est de surcroît garantie par votre soutien de plus en plus massif : Médiapart compte aujourd’hui près de 170.000 abonnés individuels payants.

Merci à vous toutes et tous sans qui cette aventure improbable, animée par le souci de défendre une information libre et de promouvoir un journalisme de qualité, n’aurait jamais prospéré jusque-là, au point d’inventer un nouveau type de société de presse.


Edwy Plenel. Blog : Les carnets libres d’Edwy Plenel


Note : Un media libre c’est l’assurance d’une indépendance de vue intellectuelle vis-à-vis du diktat imposé par les « capitaines d’industries » possesseurs d’organes de presse et des directives prescrites-écrites par des services de communications d’états. Pour autant, cela ne veut pas dire que l’information diffusée est exemptée d’une certaine vision, d’une analyse personnelle envers les évènements du quotidien ou des déclarations (déclamations !) politiques. MC