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Avez-vous noté que chaque fois que des élections se profilent, est lancer le débat sur le voile, entraînant inéluctablement des débordements sur le communautarisme, la ghettoïsation d’une partie de la population. Le but de ces manœuvres politiciennes est clair, vous influencer dans votre choix électoral. MC

Le voile rend fou. Il n’y a pas d’autre mot. Pour la énième fois, la scène publique est encombrée par cette controverse picrocholine autour d’un carré de tissu. Un certain Odoul, élu du RN, se croit un grand héros parce qu’il a humilié en public une mère de famille qui portait le voile lors d’une sortie scolaire. Marine Le Pen elle-même a été gênée par cet éclat absurde. Un certain nombre de responsables politiques de LR et du RN se sont engouffrés dans cette mini-brèche pour demander un changement des règles.

La loi actuelle, disent-ils, est ambiguë. Qu’en dit le guide de la laïcité publié par l’Education nationale ? «Les parents d’élèves peuvent, lorsqu’ils participent à l’encadrement d’une classe en sortie scolaire, porter un signe ou une tenue par lequel ils manifestent une appartenance religieuse, sauf si leur comportement ou leur discours traduisent une volonté de propagande ou de prosélytisme.» On ne saurait être plus clair.


Laurent Joffrin. Libération. Titre de l’article : « un foulard sous les yeux ». Source (extrait)


Pour Dominique Greiner. La Croix dans son article : « liberté, égalité, différences ». Source (extrait)

Pourquoi le foulard en vient-il à occuper à ce point l’espace du débat ? Pourquoi toutes ces discussions, et parfois même ces manifestations d’hostilité pour ce qui n’est, extérieurement, qu’un bout de tissu ?

À vrai dire, ces tensions sur le voile ne sont pas nouvelles – l’affaire de Creil date de trente ans. Mais le phénomène de radicalisation vient les exacerber. Avec le risque de nous faire passer à côté d’autres signaux dans la société, comme le refus de la mixité par des enfants et des jeunes musulmans, et donc de nous tromper de cible.

C’est peut-être du côté de la philosophie politique qu’il faut chercher un éclairage pour comprendre ces crispations sur le voile, qui révèlent avant tout l’état de notre société. Le moteur de la social-démocratie a longtemps été l’égalité. Faute de prospérité économique pour l’alimenter, c’est la reconnaissance des différences qui a pris le relais, les individus demandant que leurs choix et styles de vie soient traités socialement et juridiquement avec le même égard.

Les femmes musulmanes qui revendiquent de pouvoir porter le voile dans l’espace public ne font que s’inscrire dans ce mouvement. Elles profitent de l’espace de liberté que leur offre la société démocratique pour faire valoir leur différence.

Remettre en question leur liberté de porter le voile apporterait la preuve, attendue par certains, que la démocratie libérale est un leurre, incapable de tenir sa promesse d’honorer les différences… Ce serait assurément faire le jeu des islamistes, qui travaillent à saper la confiance dans la démocratie et ne se soucient pas de la cause des femmes. Et celles-ci, instrumentalisées de part et d’autre, risquent d’ailleurs d’être les grandes perdantes d’une polémique qui n’est pas digne d’une démocratie.