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Mais Macron n’y peut rien : « La crise actuelle à l’hôpital, c’est une crise qui vient de loin, qui vient de vingt ans de serrage de boulons », s’est défaussé Jupiter le 3 octobre, à Rodez, lors d’un débat sur les retraites.

Le mieux est donc… de poursuivre ce régime de malade !

Le budget 2020, annoncé le 30 septembre en Commission des comptes de la Sécurité sociale, n’inverse nullement la vapeur. Il impose même un nouveau « serrage de boulons » : les hôpitaux devront encore réaliser 800 millions d’économies cette année !

A l’heure où ils traversent une crise d’une ampleur inédite, il fallait oser…

Le budget (l’Ondam hospitalier, dans le jargon) progressera de 2,1 %, là où les dépenses augmentent mécaniquement de 4 %.

Un énième coup de rabot « incompréhensible », a dénoncé la Fédération hospitalière de France (FHF) : « C’est une douche froide, a tonné son président, Frédéric Valletoux. Je pensais que le gouvernement avait mesuré l’urgence d’apporter de l’oxygène aux établissements de santé. » Eh non !

Faire bloc

En quinze ans, selon la FHF, les économies effectuées s’élèvent à 8,6 milliards. Continuons gaiement : à ce rythme, l’hôpital public va tout bonnement « s’effondrer », avertit le Collectif Inter-Hôpitaux, qui, loin d’une bande de doux dingues, réunit la crème des professeurs de médecine et des centaines de soignants.

Lors d’une assemblée générale effervescente, le 10 octobre, ces casseurs d’ambiance ont réclamé un budget hospitalier à la hauteur des dépenses, et 300 euros d’augmentation afin de revaloriser les salaires « indignes » des infirmiers et des aides-soignants.

Les huiles de la faculté ne savent plus comment faire comprendre « la gravité de la situation » : « La médecine d’urgence n’est que (…) le premier maillon à craquer. Demain, la crise pédiatrique risque de faire très mal », a averti le professeur Bruno Riou, le très raide doyen parisien. Et ce n’est qu’un début : « l’effondrement de certaines structures » a déjà commencé.

Sous perf.

A Paris, faute de personnel pour les faire tourner, 900 lits sont actuellement fermés. Les soignants fuient en masse des salaires trop bas et des conditions de travail délirantes. « Tous les jours, je reçois dans mon bureau des infirmières en larmes qui partent. On est devenus des manageurs de la colère », a témoigné une cadre lors de l’assemblée générale du 10 octobre. « Un jour, je suis arrivée dans mon service. Je me suis dit : « C’est là que je vais me pendre. » C’est là que je suis partie [de l’hôpital] », a raconté une aide-soignante. Une infirmière de la Pitié-Salpêtrière, elle, avait du mal à retenir ses larmes : « Je vis dans une chambre de garde depuis un an car je n’arrive pas à me loger avec mon salaire. »

Dimanche 13 octobre, sur CNews, Agnès Buzyn a reconnu « un problème de rémunération ». Mais, dans « Les Echos » (9/10), elle s’est aussi félicitée sans rire : « Avec ce projet de loi (de finances), nous préservons l’hôpital. »

Plus c’est gros, plus ça casse ?


Isabelle Barré. Le Canard enchaîné. 16/10/2019