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Soucieux de faire croire que ses dépenses resteront sages en 2020, l’Élysée vient de se livrer à un festival de pirouettes comptables.

Les documents transmis aux parlementaires, qui vont voter la loi de finances, affichent des prévisions de dépenses de 110,4 millions.

Il y aura 11,2 millions de plus.

Ce rab inattendu ne figure pas dans les tableaux de présentation du budget.

Il est planqué dans d’autres pages, consacrées au « schéma directeur immobilier de la présidence de la République ». Censé s’achever en 2022, ce programme de travaux vise à agrandir les locaux utilisés par l’Élysée dans ses anciennes écuries du quai Branly et à réaménager le palais lui-même.

Si le ministère de la Culture allongera 5,2 millions au titre des monuments historiques, le reste du financement est plutôt original. Six millions seront payés par un compte spécial du Trésor réservé à la gestion du patrimoine immobilier de l’Etat.

Immeuble baladeur

Ce mécanisme est qualifié de « très surprenant » par les experts. En pratique, l’obole du Trésor est considérée par Bercy comme une « subvention » versée pour financer les travaux engagés par Macron.

Mais pourquoi la somme ne figure-t-elle pas au budget ?

Le ministère des Comptes publics assure qu’il s’agit d’une simple « avance » consentie sur la vente future d’un immeuble occupé par la Présidence au 14 rue de l’Élysée. Estimé à 27 millions d’euros pour 1 400 m2, cet hôtel particulier (qui abrite aujourd’hui l’état-major particulier du chef de l’Etat) doit être cédé en 2022. En principe…

Le fort de Brégançon pourra, au passage, bénéficier de quelques menus travaux. L’an prochain, 150.000 euros sont prévus pour achever la rénovation des cuisines, et de salles de bains et d’installations techniques. Avec les chantiers déjà engagés dans le fort depuis 2018, plus de 400.000 euros auront ainsi été consacrés à cette résidence.

Les cuisines du chef

Les traditionnelles dépenses affectées aux « moyens généraux » de l’Élysée grimpent également fortement. Une partie de la hausse est justifiée par le transfert de certaines charges de sécurité assumées jusqu’alors par la Place Beauvau. Subsiste néanmoins un « bonus » de 1,3 million pour « améliorer » les autres crédits de repas, de réception, de paperasserie ou de gestion quotidienne de Brégançon…

Les sommes votées par le Parlement et les discrètes subventions de la Culture ou de Bercy ne suffiront pourtant pas à régler la douloureuse.

Une fois de plus, Macron va être contraint de piocher dans les réserves financières de 16,5 millions laissées par son prédécesseur Hollande : il y puisera 4 millions l’an prochain, après avoir siphonné 2,1 millions en 2017, 5,7 millions en 2018 et 2,5 millions cette année !

De l’aveu même du Château, ce mouvement devrait se poursuivre jusqu’à la fin du mandat et laisser les réserves à peu près à sec…


Hervé Liffran. Le Canard Enchainé – 16/10/2019