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« Sans efficacité suffisante », prétend la Haute Autorité de santé ! Et pourtant…

L’Institut national du cancer (Inca), en collaboration avec la CNAM, l’Inserm et la caisse centrale de la Mutualité sociale agricole (MSA) ont publié en juin 2018 une enquête appelée VICAN 5, pour Vie 5 ans après un diagnostic de CANcer. Ses résultats sont édifiants :

Oui, le cancer laisse des séquelles psychologiques, physiques, sociales, même 5 ans après le diagnostic.

Non, ces problématiques ne sont pas prises en charge correctement !

Les médecines complémentaires, pratiques psycho-corporelles, acupuncture, homéopathie, mais aussi la nutrition, l’activité physique adaptée sont autant de soutien pour les personnes atteintes de cancer. L’homéopathie était jusqu’à présent une des seules thérapeutiques remboursées, avec une efficacité dont témoignent les patients, mais qui a été jugée insuffisante par la HAS. Quel mépris pour les patients qui en bénéficient chaque jour !

Le contexte

Plus de 3 millions de Français vivent actuellement avec un diagnostic de cancer, en cours de traitement ou guéri. Les traitements innovants comme l’immunothérapie permettent à des patients atteints de cancer qui les condamnait autrefois à court terme, de retrouver un espoir en termes de quantité de vie ; cependant, cette rémission peut être grevée par les effets secondaires de ces nouveaux traitements.

Une première enquête VICAN 2 publiée en 2012 alertait déjà sur ces séquelles, ce qui a initié cette nouvelle enquête.

Rappelons-nous le Plan cancer 2014-2019 qui met l’accent sur la qualité de vie, sans toutefois apporter des solutions claires et surtout sans budget alloué à cette cause.

L’enquête VICAN 5 a étudié le cas de 4.174 patients entre 18 et 82 ans au moment du diagnostic ; deux populations ont été étudiées, une comprenant 2.009 personnes qui avaient déjà participé à l’enquête VICAN 2 et une cohorte complémentaire de 2.165 personnes.

Les principaux résultats

33,1 % des patients n’ont pas de suivi spécifique de leur cancer en médecine générale, ce qui pose la question de l’absence d’un professionnel de santé pour décrypter les différents symptômes résiduels et les prendre en charge.

63,5 % des personnes souffrent de séquelles dues au cancer ou au traitement. 48,8 % des hommes et 52,6 % des femmes sont limités dans leur activité physique.

Arrêtons-nous sur la fatigue

48,7 % souffrent d’une fatigue cliniquement significative ; cette proportion est similaire à l’enquête faite après 2 ans, elle est plus marquée chez les femmes, les jeunes et les personnes en situation de précarité.

La fatigue est multifactorielle : elle peut être liée à un amaigrissement avec fonte musculaire (sarcopénie) ; elle peut être liée à la douleur ; elle peut être psychique, par exemple un syndrome dépressif va entraîner une fatigue, un manque d’envie de faire une activité quelle qu’elle soit. Les troubles du sommeil, l’anxiété sont aussi rapportés comme des causes de fatigue.

Aucun traitement médical conventionnel n’a pu montrer une réelle efficacité

En ce qui concerne la thérapeutique homéopathique, une étude randomisée a été publiée en Autriche en 2015* ; elle rapporte 373 patients qui ont été tirés au sort pour recevoir soit un traitement homéopathique individualisé, soit rien (la vraie vie !). Les patients traités par homéopathie vont significativement mieux, si l’on regarde les échelles de qualité de vie et de ressenti. (1)

Cette étude randomisée et sans biais méthodologique a été écartée par la Haute Autorité de santé sous prétexte qu’il s’agit d’une étude en ouvert, c’est-à-dire que le médecin et le patient savent ce qu’ils reçoivent. Pour autant, cette étude est dans la vraie vie et est randomisée.

La SHISSO, Société homéopathique internationale de soins de support en oncologie, a mis en ligne des recommandations de bonne pratique pour prendre en charge la fatigue ; les experts qui suivent des patients au quotidien (pour certains depuis 30 ans !) ont établi ces consensus et proposent un schéma très simple : Phosphoricum acidum 5 CH une dose à J1, une dose en 9 CH à J2, une dose 15 CH à J3, une dose 30 CH à J4, soit 4 doses, 4 jours consécutifs.

Et les douleurs, qui représentent le deuxième symptôme le plus cité ?

VICAN 5 rapporte que 73 % des personnes ont ressenti des douleurs au cours des 15 derniers jours ; en général, ces douleurs existent depuis de longs mois. Le recours aux antalgiques, aux anti-inflammatoires est fréquent.

Un cas particulier : les douleurs que présentent les patientes atteintes d’un cancer du sein et prenant une hormonothérapie par tamoxifène ou andaromatases.

Dans l’étude VICAN 5, sur les 74,5 % de femmes qui se sont vu proposer un traitement par hormonothérapie, un quart a arrêté le traitement pour cause d’effets secondaires ; si l’on admet que ces traitements ont un intérêt pour diminuer le risque des récidives, il peut être intéressant d’améliorer l’observance de ces traitements. En clair, s’occuper de la qualité de vie des patients peut permettre d’empêcher l’arrêt de traitements mal tolérés qui, eux, garantissent la quantité de vie. Difficile de dire qu’il ne s’agit que du confort du patient…

Une étude observationnelle concernant l’utilité d’un traitement homéopathique a été publiée ; elle montre que l’utilisation de deux médicaments homéopathiques, Rhus toxicodendron 9 CH et Ruta graveolens 5 CH, 5 granules de chaque 2 fois par jour, diminuent les douleurs et raideurs articulaires à 3 mois de traitement, en diminuant aussi la fréquence de prise des antalgiques. Cette étude retenue par l’HAS a disparu de ses conclusions ! (2)

Et pendant les traitements, par exemple, les nausées sous chimiothérapie ?

Malgré l’ajout de médicaments pour accompagner les chimiothérapies, nombreux sont les patients qui se plaignent de nausées ; il est vrai que les vomissements sont devenus rarissimes grâce à des antiémétiques, l’aprépitant (Emend® et génériques), l’ondansetron (Zophren® et génériques) et la cortisone, mais pour autant les patients se plaignent de dégoût pour l’alimentation, de nausées avec parfois malaise et impression de mal digérer.

L’ajout de l’homéopathie avec des médicaments simples Nux vomica 9 CH, Ipeca 9 CH, Cocculus 9 CH, dont le choix est individualisé en fonction des symptômes décrits par le patient (aggravation par les mouvements, les odeurs, hyper salivation…) permet de mieux tolérer les chimiothérapies ; comme il y a moins de nausées, il y a plus de prises alimentaires, moins de fonte musculaire, moins de fatigue.

Les pharmaciens conseillent volontiers l’homéopathie dans ces cas ; les oncologues y sont favorables car ils savent que l’homéopathie ne présente pas d’interaction médicamenteuse avec les chimiothérapies. Certains oncologues se forment à l’homéopathie pour pouvoir atténuer les effets secondaires des traitements de leurs patients.

Peut-on considérer, comme la HAS, que les nausées ne sont pas des pathologies graves, et que les prendre en charge relève juste du confort ?

Conclusion

Les deux symptômes majeurs dont se plaignent les patients 5 ans après le diagnostic de cancer sont la fatigue et les douleurs ; pendant les chimiothérapies, les troubles digestifs sont fré­quents ; les traitements conventionnels sont inexistants ou insuffisants et/ou dangereux ; l’homéopathie présente l’intérêt d’être dénuée d’effets secondaires et d’avoir été testée depuis deux siècles par des milliers de patients et de médecins dans le monde entier : pas de preuve d’efficacité suffisante pour la Haute Autorité de santé !

Mais qu’a-t-elle à proposer à ces patients qui souffrent pour qu’ils aillent mieux ?


Dr Christelle Charvet gynécologue obstétricienne. La revue « Mutuelle et Santé » n° 103 – septembre 2019


  1. Frass M, Friehs H, Thallinger C and coll, Influence of adjunctive classical homeopathy on global health status and subjectif wellbeing in cancer patients. A pragmatic randomized controlled trials, Complementary Therapies in Medicine (2015) 23, 309-317
  2. Karp J.C, Sanchez C., Guilbert P., Mina W., Demonceaux A., Curé H., Treatment with Ruta graveolens 5 CH and Rhus tox 9 CH may reduce joint pain and stiffness linked to aromatase inhibitors in women with early breast cancer : results of a pilot observational study, Homeopathy, 2016, vol 105, 4, 299-309