Étiquettes

L’OMC donne des munitions à Trump.

L’Organisation mondiale du commerce frappe Airbus pour concurrence déloyale et autorise de massives représailles états-uniennes sur des produits européens.

Lui qui menaçait de quitter l’Organisation mondiale du commerce (OMC) encore en août dernier, lui reprochant d’agir « de façon déloyale » à l’égard des États-Unis alors même qu’il s’appliquait à augmenter l’intensité de son bras de fer commercial avec Pékin, exulte : la même OMC vient de décréter « illégales » les subventions européennes à Airbus et d’autoriser un usage de rétorsions massives par Washington contre des productions de l’Union européenne.

L’institution internationale, pièce maîtresse des efforts de libéralisation du commerce mondial depuis sa création en 1995, permet à l’administration Trump de prélever quelque 7,5 milliards de dollars (6,8 milliards d’euros) de taxes douanières supplémentaires sur des produits exportés par les quatre pays impliqués dans la coopération qui a donné naissance à Airbus : la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni.

Est-ce une réponse au chantage exercé par le champion états-unien du national-libéralisme, qui menaçait, cet été, de quitter l’OMC « si celle-ci ne se réformait pas » ? Ou bien est-ce une volonté de faire respecter au pied de la lettre le dogme d’un marché mondial « libre et non faussé » ? Quoi qu’il en soit, les sanctions contre Airbus et l’Europe sur lesquelles a statué l’Organe de règlement des différends au sein de l’institution genevoise s’élèvent à un niveau encore jamais atteint.

Washington, qui s’est aussitôt enfoncé dans la brèche, a annoncé la mise en place, dès le 18 octobre prochain, de taxes non seulement sur les avions mais aussi sur des produits industriels et agricoles importés de l’UE. Des outils et machines-outils allemands aux vins et fromages français en passant par le whisky écossais ou des textiles italiens figurent parmi une myriade de productions européennes pénalisées.

Ce nouvel élargissement de la guerre commerciale déclarée par Donald Trump pourrait peser encore davantage sur une croissance déjà bien mise à mal par les menaces d’intensification des hostilités entre les États-Unis et la Chine, un danger pourtant repéré explicitement dans son dernier rapport par… l’OMC elle-même, qui déplorait un accroissement de seulement 1,2 % des échanges commerciaux mondiaux (contre 2,6 % attendus jusqu’ici). L’institution internationale alertait sur « les risques » d’une « escalade » dans une guerre commerciale à ­laquelle, suprême contradiction, elle vient de donner de sacrées munitions.

La plainte de Boeing contre Airbus avait été déposée devant l’OMC il y a quinze ans par l’administration George W. Bush. Des « subventions européennes » sont placées depuis des années dans le collimateur de l’avionneur états-unien.

Celles-ci portent, pour l’essentiel, sur des avances remboursables accordées à Airbus par les quatre principaux pays impliqués dans le partenariat aéronautique européen. Les taux d’intérêt prélevés pour le remboursement de ces avances seraient (manipulation diabolique) inférieurs aux prix du marché. Et constitueraient donc autant de subventions publiques déguisées.

Pourtant, les énormes dépenses de recherche et développement nécessaires à une aviation civile capable de réduire fortement sa consommation de kérosène sont au cœur d’enjeux majeurs pour les populations en Europe comme aux États-Unis. Et n’est-ce pas la poursuite de la soumission aux lois du marché qui rend le secteur aveugle au respect d’enjeux environnementaux si décisifs ?

Quant à Boeing, il bénéficie, de notoriété publique, d’énormes subventions déguisées par le biais des commandes militaires en plein boom de l’administration Trump.


Bruno Odent- Source