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Après l’incendie, les rouennais à l’abordage devant les atermoiements du gouvernement.

Dans le Figaro du 01/12019, (Lien), Yannick Jadot y va d’un « La gestion de l’accident de Rouen est globalement catastrophique » 

Ce que je peux […] dire cependant, c’est que la gestion de cet accident est globalement catastrophique. On a eu des heures avant la sirène, on a eu des heures avant que les élus ne soient informés. On a eu des pompiers et des policiers avec des masques à gaz (a priori pas adaptés au niveau potentiel d’exposition) alors même qu’on expliquait aux populations qu’il n’y avait rien à craindre…

Il a fallu six jours pour déclarer l’état de catastrophe technologique! Cet échec complet ne fait qu’accroître la défiance des citoyens vis-à-vis des autorités. 100 % des habitants ne demandaient qu’une seule chose: savoir ce qui a brûlé.

Il est incompréhensible que le gouvernement se soit caché et continue à se cacher derrière un type de communication ultra-rassurante, ultra-marketée. Les habitants se sentent logiquement mal informés, pas respectés, voire méprisés. C’est là que toutes les thèses complotistes trouvent une place.

  • Est-ce une question d’incompétence?

Soit l’État a été incompétent, soit il retient une partie de l’information pour ne pas susciter la panique. Dans les deux cas, c’est insupportable. Cet échec est aussi à replacer dans un contexte de transfert des responsabilités aux entreprises sous couvert de simplifications administratives. Les enjeux de rentabilité font prendre un risque majeur à la collectivité.

  • Que suggérez-vous?

Il faut revoir l’évaluation des risques pour tous les sites Seveso, en particulier dans les usines les plus anciennes, ainsi que les protocoles d’interventions, en collaboration avec les habitants. Il ne faut pas craindre d’envisager le déménagement des sites les plus dangereux. […]


Dans Le Canard Enchainé dans un article non signé du 02/10/2019 …

Ils sont fous, ces Normands !

Depuis l’incendie à grand panache noir de l’usine chimique de Lubrizol, ils sont « dans la défiance ». Ils ne croient plus en la parole des politiques. Ils « cèdent à la psychose ». Ils veulent qu’on prenne en compte leur « ressenti ». On a beau les rassurer, leur promettre, comme l’a fait Édouard Philippe, l’ « absolue transparence », ils doutent.

L’excellent Pierre-André Durand, préfet à casquette tout droit sorti des années 60, a beau leur affirmer que la situation est « normale », que l’atmosphère est dépourvue de toute « toxicité aiguë » et que les 137 écoles fermées pendant trois jours ont bel et bien été nettoyées, ils manifestent, montent des collectifs, portent plainte, s’énervent, accusent tous azimuts.

Certes, le toxicologue André Picot relève que les analyses livrées par la préfecture sont « hors de propos », qu’ayant cherché dans l’air « des produits classiques comme le dioxyde d’azote qu’émettent les moteurs Diesel » elle ne risquait pas de trouver des taux différents de la normale, qu’on ne sait toujours pas exactement ce qui a brûlé au sein de l’entreprise, qu’il est fort possible qu’il y ait des organophosphorés (lesquels sont neurotoxiques (« Paris Normandie », 30/9)).

Certes, l’expert judiciaire Gabriel Ullmann, qui a été consultant environnement pour Lubrizol dans les années 90, fait remarquer que, profitant de la fameuse loi macronienne d’août 2018 dite Essoc (pour «un État au service d’une société de confiance » (sic)), qui assouplit les contrôles au nom de la « simplification », les patrons de Lubrizol ont obtenu dernièrement du préfet une augmentation de la production et du stockage sur leur site.

En janvier, feu vert pour 1.598 tonnes de production de plus. En juin, feu vert pour 600 tonnes de stockage de plus. Et ce en contournant le plus légalement du monde l’autorité environnementale, laquelle a pour mission de mener sur ce genre d’équipement des études de danger décisives.

L’exemple même, selon cet expert, du saucissonnage qui permet de faciliter les projets industriels dangereux au détriment de l’environnement et du principe de précaution.

Certes, la dernière inspection menée chez Lubrizol, il y a vingt jours, par la direction régionale de l’environnement (Dreal) avait conclu que « le risque d’incendie sur le site [était] d’une fois tous les 10 000 ans ». C’est ce qui s’appelle avoir du pif…

Mais, bon, tout va bien. A la question : « Ç’aurait pu être plus grave ? », le PDG de Lubrizol répond : « Oui, l’usine aurait pu être détruite à 50 % »

Ouf.


Article signé des initiales J.-L. P. – Le Canard enchaîné. 02/10/2019