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L’écolo bouillante

Dessin de Kiro. Le Canard Enchainé. 02/10/2019

La secrétaire d’État s’agite beaucoup, mais ses détracteurs trouvent qu’elle défend mieux sa cause que celle de l’écologie.

On la regarde, car elle est fort avenante. On l’écoute, et c’est comme une douce musique d’ascenseur. Un truc vaguement sirupeux, vite oublié. Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, prône « une politique avec des gens de la vie réelle », explique qu’elle a vécu en ZEP étant enfant et qu’elle a donc depuis toujours le « sens de l’intérêt général ». Elle dit incarner « une écologie du quotidien », a dans son dressing une robe « en coton indien équitable », se demande le plus sérieusement du monde, devant la presse, si elle peut ou non se servir un café au lait (deux capsules), défile dans les marches pour le climat. Le 19 septembre, elle a participé à un World Cleanup Day, dans le Nord.

« Poirson, c’est un agréable enfumage, mais, pour l’instant, ça a l’air de marcher », rigole un député de la majorité. La semaine dernière, elle a défendu avec succès au Sénat sa loi sur l’économie circulaire, qu’elle avait modestement présentée comme le « texte le plus important du quinquennat ». Ce qui fait sursauter même le très modéré François-Michel Lambert, député des Bouches- du-Rhône de l’Union des démocrates et des écologistes, et fondateur de l’Institut national de l’économie circulaire. « Cette loi a le mérite d’exister, mais elle ne transformera rien en profondeur. Et, cette histoire de consigne sur les bouteilles, c’est un gadget de com’. »

Devenir ministre

Du côté des ONG, on s’agace fortement des décalages entre les paroles et les actes. Franck Laval, ancien des Amis de la Terre et de Greenpeace, président d’Ecologie sans frontière : « Je veux bien qu’on intervienne sur tout et qu’on donne des leçons à tout le monde, mais on pourrait commencer par balayer devant notre porte. » Très enthousiaste sur Twitter — « N’ayez pas l’écologie timide, n’ayez pas l’écologie complexée : oui, En marche ! est un mouvement écologiste ! » Poirson est beaucoup moins diserte quand on l’interroge sur les 1 700 suppressions d’emplois programmées pour 2020 dans son ministère.

Ces attaques répétées n’ont en rien entamé sa détermination. Car la petite Brune Poirson, qui cherchait sa place en 2017, coincée entre le très médiatique Hulot et le très politique Lecornu, alors secrétaire d’Etat, comme elle, a pris de l’assurance. « Elle avait un gros problème de légitimité et, donc, de loyauté. On n’avait aucune confiance en elle, alors que Lecornu était beaucoup plus fiable », se souvient un proche de Hulot. Quand on l’interroge aujourd’hui sur celui auprès duquel elle disait beaucoup apprendre, elle lâche, franco, avec un petit sourire : « Hulot ? Très centré sur sa cause et sur sa personne. »

Elle a cru qu’elle le remplacerait, puis s’est vu remplacer son remplaçant. Mais, au moment de la démission de François de Rugy, il lui fallut une nouvelle fois compter avec Edouard Philippe, pas manchot pour bloquer ceux qu’il n’apprécie pas Dans son irrésistible ascension, Brune-Poirson doit en effet affronter un bloc très soudé : Emmanuelle Wargon, comme elle secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique, comme elle passée par le privé (Danone pour Wargon, Veolia pour Poirson), épaulée par le Premier ministre, son camarade à Wargon, c’est son cauchemar. Lors du récent déplacement de Macron au sommet pour le climat à l’ONU, Brune Poirson a fait le siège de l’Elysée pour y aller seule aux côtés du Président. Emmanuelle Wargon a fait la même chose. Le Président est parti avec la ministre en exercice, Elisabeth Borne.

Invincible

Un revers pour Poirson ? L’agacement présidentiel ne calme pas sa furieuse envie d’exister. Elle déroule imperturbablement dans les médias son storytelling perso : London School of Economics, Harvard, un parcours chez Veolia en Inde, des années à Londres et à Boston. Elle parle souvent de son stage de kung-fu dans le temple Shaolin, en Chine, de mois passés dans les forêts primaires « au contact de fillettes membres des minorités ethniques ». Un « supplément d’âme » fort prisé dans les états-majors des multinationales.

En 2016, elle entend parler de la longue marche de Macron. Stupeur et tremblements. Elle « lâche tout », non sans avoir, grâce à Hubert Védrine, obtenu de Jean-Paul Delevoye, le président de la commission d’investiture LRM, un adoubement pour la 3e circonscription du Vaucluse. Elle médiatise son combat : il s’agit de la circonscription de Marion Maréchal. Mais elle omet de préciser que cette dernière ne s’est pas représentée. Poirson a donc affronté, et vaincu, un lepéniste local, un certain Hervé de Lépinau, inconnu au bataillon.

Aujourd’hui, elle se sent bien, prête pour la suite.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 02/10/2019