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Il en a toujours fait des caisses pour qu’on parle de sa pomme.

Et, le pire, c’est qu’après les années Ruquier et deux condamnations, pour incitation à la haine raciale et provocation à la haine religieuse, ça marche encore !

Flairant le bon filon, LCI, propriété du groupe Bouygues, qui rêve de rattraper l’audience de BFMTV, la chaîne de Drahi, a complaisamment ouvert son antenne à Éric Zemmour, le 28 septembre, et sans contradicteur, s’il vous plaît.

Après tout, inciter à la haine est la garantie d’un bon « buzz », et c’est tout ce qui compte pour une chaîne d’info.

CNews, propriété de Bolloré, songe d’ailleurs à confier une émission au pauvre Zemmour, toujours drapé dans la posture du bâillonné. Paris Première, propriété de M6, l’invite encore à débattre avec Naulleau. Et personne n’a dit, au « Figaro », qu’il n’était pas le digne successeur de Louis Pauwels.

Les sociétés des rédacteurs des divers supports protestent, la direction du « Figaro » admet qu’un journaliste du titre n’a pas vocation à être à la tribune d’un meeting politique. Zemmour s’en fout, quand il est viré, il gagne encore en audience, c’est son système. Plus on le victimise et plus il a de chances de finir candidat à la présidentielle, c’est son ambition.

A la « convention de la droite », qui cherchait l’ « alternative au progressisme » et l’a trouvée à l’extrême droite, Zemmour était le modeste chauffeur de salle d’une Marion Maréchal en attente de destin. Il lui a piqué la vedette en montant d’un cran dans sa haine anti-musulmans. Assez pour que le parquet de Paris ouvre une enquête, le 1er octobre, pour incitation à la haine raciale.

Dessin de Aurel – Le Canard Enchainé – 02/10/2019

Zemmour reprend désormais sans vergogne les thèses de Renaud Camus, l’inspirateur de la tuerie de Christchurch. Le « grand remplacement » est son credo officiel.

Il en est persuadé, le petit « mâle blanc hétérosexuel catholique », déjà menacé, selon lui, par la toute-puissance féminine, va bientôt disparaître, victime de l’ « alliance de la djellaba et de la kalach », autrement dit « des racailles et de l’islam », qui se « comportent en conquérants ». « Tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam », dit-il. Zemmour voit l’islam partout, et ça aggrave son cas, ça, c’est certain.

Ne cédant pas à la subtilité, ne craignant ni l’emphase ni le ridicule, l’abracadabrantesque du « Figaro » qualifie, en passant, le quinquennat Macron de « dictature ». Dont l’efficacité de l’ « appareil répressif, ajoute-t-il, fait passer Goebbels pour un artisan et Staline pour un débutant ». On se pince.

Les héritiers des victimes des deux suscités apprécieront.

Il a aussi égratigné au passage la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye (« le sommet de la distinction française »), pour ne pas laisser à Nadine Morano le monopole de la beauferie raciste.

Le philosophe Raphaël Enthoven, qui a cru utile de lui apporter la contradiction, a été invité par l’assistance à retourner « en Algérie ». Sans billet de retour.

C’était un samedi ordinaire au pays de Zemmour, l’indispensable star de l’info en continu.

Article signé des initiales J.-M. Th. – Le Canard enchaîné – 02/10/2019