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Trump dans la tourmente, non sans plusieurs raisons …

Soutenu par sa hiérarchie, la communauté du renseignement et l’opposition démocrate, [un] lanceur d’alerte, dont l’anonymat est à ce stade protégé par ses supérieurs, ne connaîtra sans doute pas le même sort [qu’ Edward Snowden (exilé), Julian Assange (soupçonné d’espionnage, menacé d’extradition), Chelsea Manning (graciée, mais emprisonnée), Reality Winner (une linguiste de la National Security Agency condamnée à 5 ans de prison pour espionnage etc.).]

Le comportement de Trump révèlent […] ce qu’il est [réellement] : un président chef de gang, prêt à tout pour gagner.

Désormais, il éructe et menace. Mais pour une fois, le feu roulant des révélations, la précision des témoignages, le font vaciller. […]

Au début de la semaine, alors que les démocrates venaient de lancer une procédure d’impeachment après des alertes sérieuses au sujet de sa conversation estivale avec le président ukrainien, Trump paraissait disposer encore de quelques armes rhétoriques.

Il affirmait ainsi que la retranscription de l’entretien allait le blanchir. La Maison Blanche, autant dire son bureau, la publia. Même partielle et retravaillée, elle se révéla accablante.

À plusieurs reprises, Trump suggère à Volodymyr Zelenski de lancer une enquête contre son adversaire à la présidentielle, Joe Biden, accusé (faussement) d’avoir fait réclamer la tête d’un procureur ukrainien pour protéger les affaires de son fils. Encore une fois, Trump avait juste bluffé. Très mal. Comme un joueur de poker miteux.

Le signalement officiel du lanceur d’alerte, daté du 12 août, mais rendu public jeudi matin, fut plus explosive encore (lire ici ce document, traduit par nos soins). […] « Dans l’exercice de mes fonctions, écrit cette personne, j’ai reçu des informations de plusieurs représentants du gouvernement des États-Unis selon lesquelles le président des États-Unis a fait usage de son pouvoir pour solliciter l’ingérence d’un pays étranger dans le cours des élections de 2020 aux États-Unis. »

Cette ingérence consiste notamment à faire pression sur un pays étranger pour qu’il enquête sur l’un des principaux rivaux politiques du président. « L’avocat personnel du président, M. Rudolph Giuliani, est une figure centrale de cette initiative. Le procureur général Barr semble également impliqué. » Rudy Giulani, l’ancien maire de New York, mène depuis des mois une troublante diplomatie parallèle dans le but unique semble d’obtenir une enquête sur Biden en Ukraine. William Barr, le fidèle ministre de la justice de Trump, a bloqué la transmission au Congrès du signalement du lanceur d’alerte. […]

[…] Le lanceur d’alerte rapporte […] comment cet appel a été dissimulé au sein d’un système sécurisé, normalement réservé aux conversations de la plus haute importance, ou touchant la sécurité nationale.

« Dans les jours qui ont suivi l’appel téléphonique, de nombreux hauts responsables américains m’ont appris que de hauts responsables expérimentés de la Maison Blanche étaient intervenus pour “verrouiller” tous les enregistrements de l’appel téléphonique, en particulier la transcription officielle mot à mot de l’appel qui avait été faite – comme il est de coutume – par la “salle de crise” de la Maison Blanche. »

[…] « […] la transcription a été mise sur un système informatique distinct, qui est par ailleurs utilisé pour stocker et traiter des informations classifiées de nature particulièrement sensible. Un haut responsable de la Maison Blanche a estimé que cet acte constituait une utilisation abusive de ce système informatique, car l’appel ne contenait aucun élément sensible du point de vue de la sécurité nationale. » […]


Mathieu Magnaudeix. Médiapart. Titre original : «Trump et son monde sont cernés par le scandale ukrainien ». Source (extrait)