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… et, d’ailleurs, ça l’est.

Entrer dans une mairie, y décrocher la photo officielle du président Macron et prétendre que ça va permettre de lutter contre le réchauffement climatique, ha ha !

Tellement dérisoire que les autorités s’occupent très sérieusement des décrocheurs.

Déjà 94 gardes à vue, 74 perquisitions, 57 convocations dans 17 procès. Déjà six prévenus traînés devant la justice à Bourg-en-Bresse en mai, trois à Strasbourg en juin, deux à Lyon le 2 septembre, huit à Paris ce mercredi 11 [Sept 2019]. D’autres procès vont suivre, à Orléans, Mulhouse, Nancy, Bonneville, Bordeaux… 128 portraits décrochés, ça commence à bien faire !

Ce que disent les décrocheurs ?

« On a marché, on a signé des pétitions, on a dialogué… Rien ne se passe. »

Les modes d’action traditionnels ne débouchant sur rien, ils ont inventé celui-ci.

Pour eux, laisser un mur vide dans une mairie, c’est dénoncer le vide de la politique climatique de Macron.

Dérisoire ?

Mener ces actions collectives a pour effet de les envoyer devant les tribunaux : chacun d’eux risque 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende pour vol en réunion. Un maximum, bien sûr : les premiers jugés ont écopé d’amendes de 250 euros, d’amendes avec sursis et de relaxes.

Les décrocheurs s’inscrivent dans une tradition, la désobéissance civile, laquelle a déjà fait ses preuves avec Gandhi et Martin Luther King, entre autres. « Le désir de désobéissance naît de crises profondes et de l’incapacité des dirigeants en place à les résoudre » (1), note Jean-François Julliard, le directeur de Greenpeace.

Comme d’autres ONG, et notamment ANV-COP21, qui est à l’initiative des décrochages, Greenpeace dispense des formations à l’action non violente. Chaque année, ce sont des milliers de personnes qui les suivent. Puis passent aux travaux pratiques.

On a déjà vu les « faucheurs de chaises », allant piquer des chaises dans les agences bancaires pour dénoncer l’évasion fiscale. Les activistes de Greenpeace pénétrant dans les centrales nucléaires de Cattenom et Cruas-Meysse pour mettre en évidence la folle vulnérabilité des installations nucléaires.

Fin août, ce sont des activistes d’ « Extinction Rebellion » qui se sont enchaînés et encordés au pont Chaban-Delmas, à Bordeaux, pour empêcher la levée du tablier permettant le passage d’un de ces paquebots de croisière qui, chaque jour, font escale en plein centre-ville (avec 1.200 passagers, fumées toxiques, moteurs au gazole grondant en continu pour la clim et l’électricité à bord…)

Plus se creuse l’écart entre les discours des politiques (toujours plus verts) et leurs actes (vaguement verdâtres), plus ces actions non violentes et à visage découvert ont des chances de se multiplier.

C’est toujours mieux que les Black Blocs, non ?


Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné. 18/09/2019


(1) « On ne joue plus ! », Don Quichotte/Seuil, 160 p., 13 €.