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Pour Jean-Michel Blanquer (ministre de l’Éducation), l’affiche de la FCPE, présentant une parente d’élève voilée accompagnant sa fille, lors d’une sortie scolaire, ne respecte pas la laïcité dévolue à une fédération de parents d’élèves.

L’affiche s’intègre à la campagne de la FCPE, pour les élections des parents d’élèves qui se tiennent les 11 et 12 octobre prochains. On y voit une parente d’élève voilée sourire à sa fille et s’exclamer : « Oui, je vais en sortie scolaire. Et alors ? »

Ce mardi matin [24 sept 2019], sur BFM TV, Jean-Michel Blanquer a qualifié cette affiche de « regrettable ». Pour le ministre de l’Éducation nationale, il s’agit d’une « erreur qu’il convient de corriger. Dans le contexte des élections de parents d’élèves, flatter une communauté pour avoir des électeurs n’est vraiment pas une bonne chose », a continué Jean-Michel Blanquer.

Une accusation d’électoralisme contre laquelle la FCPE s’est montrée particulièrement choquée, « Heureusement qu’il y a l’école pour rappeler certaines valeurs de la République », a réagi. Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE.

Pour le patron de la fédération de parents d’élèves aux 300 000 adhérents, l’intervention du ministre « constitue  un précédent. Nous n’avons aucune leçon, ni même aucune injonction à recevoir ne serait-ce que d’un ministre. »

Les parents pas soumis aux exigences de neutralité

Au cœur de cette polémique, c’est bien une prise de position politique dont il s’agit et non pas légale. Dans sa décision en date de 2013, le. Conseil d’État a en effet affirmé que « les mères voilées accompagnant les sorties scolaires ne sont pas soumises aux exigences de neutralité religieuse ».

Une mère qui porte un voile a donc entièrement le droit d’accompagner ses enfants au musée avec sa classe. « C’est justement pour faire appliquer les règles de la laïcité que nous avons diffusé cette affiche », argumente Rodrigo Arenas. Selon le coprésident de la FCPE « il ne s’agit en rien d’une provocation mais de la réalité. Sans ces mères de famille donnant de leur temps, il y aurait bien des sorties scolaires qui ne pourraient pas se faire, un peu partout en France », confirme la FCPE.

Un sujet d’autant plus délicat que les atteintes à la laïcité, au sein des établissements scolaires ne baissent pas depuis 2010, date de la promulgation de la loi. Chaque trimestre, on en compte près d’un millier dans toute la France, dont une grande majorité au collège (44 % des cas). Ces atteintes sont de tous ordres : de la contestation d’un enseignement à la demande de dispense de cours de sports… « Sur ces points-là, notre position est extrêmement claire c’est illégal, commente Rodrigo Arenas. Les pères de famille qui refusent de rencontrer une enseignante parce qu’il s’agit d’une femme ou qui veulent retirer leurs filles, des cours de sports parce qu’ils sont mixtes n’ont rien à faire à l’école de la République ».

Reste que sur le terrain, au sein des écoles et surtout des collèges, les choses ne sont pas aussi simples. « Depuis la loi sur la laïcité de 2004, la situation est plus claire pour les chefs d’établissement face au port du voile, explique Philippe Vincent, secrétaire général du syndicat des proviseurs et principaux, le SNPDEN. On peut alors se demander quelle mouche a piqué la FCPE. Ils se doutaient bien que cela allait déclencher des réactions et raviver la polémique. »

En mai dernier, un amendement déposé par des sénateurs Les Républicains et voulant justement interdire les sorties scolaires aux mères portant le voile avait grandement fait réagir. « Il n’empêche qu’un jour il va bien falloir donner un cadre légal plus clair concernant les parents accompagnateurs et la neutralité religieuse », préconise Philippe Vincent.


Boris IVANOFF. Le Dauphiné Libéré. 25/09/2019