En découvrant, le 30 juillet, la synthèse du rapport de l’IGPN et les commentaires d’Édouard Philippe et de Christophe Castaner, les flics de la police judiciaire de Rennes sont tombés des nues.

Depuis plusieurs jours, eux savaient déjà que le téléphone de Steve Maia Caniço (disparu dans la nuit du 21 au 22 juin à Nantes) « bornait » encore à 4 h 33, soit quelques minutes après le début de la charge policière sur le quai Wilson (« Le Canard », 11/9), et non « à 3 h 16 » », comme l’écrivent les boeuf-carottes.

Dès le 23 juin, l’unité locale de sécurité publique spécialisée dans les enquêtes est saisie pour disparition inquiétante. Aussitôt, elle demande à l’opérateur téléphonique de lui communiquer les derniers appels et SMS de Steve. Ses conclusions, très parcellaires, sont reprises telles quelles par l’IGPN, qui n’a pas, alors, le pouvoir d’interroger l’opérateur.

Entre-temps, la justice a dessaisi la sécurité publique locale, jugée trop impliquée, au profit de la PJ de Rennes. Celle-ci ausculte fissa toute la téléphonie de Steve : non seulement ses appels et ses SMS, mais aussi le fameux « bornage ». Le jour du point presse organisé sur le perron de Matignon, l’Intérieur est donc en mesure de savoir que la principale information du rapport de l’IGPN était erronée. Mais peut-être Castaner a-t-il lu trop vite…

Une bataille de casquettes

Ne manquait plus que le rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA) pour caraméliser définitivement les boeuf-carottes… Le 13 septembre, l’IGA (censée débusquer les dysfonctionnements de la haute administration) cogne comme une sourde sur le commissaire C., chargé d’évacuer les teufeurs le 22 juin. Castaner n’a d’autre choix que de lui demander de décamper. « C’est dingue ! s’étrangle un chef flic. L’IGA s’est tapé le sale boulot qu’aurait dû faire l’IGPN. Les « boeu’ n’ont même pas évoqué le manque de discernement du commissaire dans la manière de gérer la dispersion. »

Quant au préfet, malgré une salve de reproches émanant des deux inspecteurs généraux de l’Administration, il passe entre les gouttes. En tant qu’autorité investie du pouvoir de police, « la préfecture disposait de moyens réglementaires pour davantage prendre en compte la sécurité de l’événement », note pourtant l’IGA. Une différence de traitement qui a fait hurler les deux syndicats de commissaires. Lesquels ne se privent pas de souligner qu’en pareilles circonstances, d’ordinaire, « les autorités préfectorales sont dans les salles de commandement et/ou à l’écoute des ondes radio ». Et non dans leur lit.

Message reçu par Castaner. Le commissaire fautif ne sera pas « muté d’office » (avec le sceau d’infamie d’une sanction) mais juste envoyé à Bordeaux, « dans l’intérêt du service ». Sa principale occupation, désormais ? Rédiger des rapports. Et pas pour l’IGPN.


Didier Hassoux et Christophe Labbé. Le Canard enchaîné. 18/09/2019