Étiquettes

,

… dit « dévoyage » de la nature et gros gains des semenciers.

Des endives, oui, mais transgéniques ! OGM … quoi !

QUI L’EÛT CRU ?

Chaque ménage français avale en moyenne 5 kilos d’endives par an. Ce qui fait du chicon comme on l’appelle dans le Nord, le sixième légume le plus consommé chez nous. Il faut dire que, avec 528 000 tonnes récoltées année après année, notre pays est le champion mondial de l’endive.

Une performance que l’on doit en grande partie à la fusion cellulaire. Quèsaco ?

Une technique très répandue qui permet aux semenciers d’améliorer les rendements agronomiques d’une plante en la « fusionnant » avec une autre espèce pour former un hybride.

Lorsque les deux végétaux fusionnés proviennent d’espèces sexuellement compatibles, la manip n’a pas besoin d’être homologuée par les autorités sanitaires, elle est juste protégée par un brevet commercial.

Mais, si la fusion cellulaire est réalisée entre des espèces « incompatibles », alors la semence obtenue est considérée par Bruxelles comme un organisme génétiquement modifié.

Autrement dit, elle doit faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché après une évaluation scientifique, et toute la récolte doit être dûment étiquetée

OGM ».

Là où ça pèche, c’est qu’une grosse partie des endives que l’on trouve dans les étals sont issues d’une fusion cellulaire avec du tournesol, un partenaire qui, dans la nature, ne mélange pas ses gènes avec l’endive. Un caractère transgénique que les semenciers se sont bien gardés de déclarer aux autorités.

Résultat : depuis des années, le consommateur croque de l’OGM sans le savoir.

Un oubli dénoncé par un syndicat agricole, la Confédération paysanne, qui défend les producteurs d’endives non hybridées et alerte depuis des mois le ministère de l’Agriculture.

 Celui-ci, avant de mettre un coup de tampon sur toute nouvelle semence, recueille l’avis du Comité technique permanent de la sélection (CTPS), une instance qui, selon la Confédération paysanne, n’a jamais cherché de noises à la fusion cellulaire parce qu’elle serait « noyautée » par les semenciers.

« La moitié des membres sont des représentants des fabricants de semences, et son vice-président est le patron de l’interprofession des semenciers », s’insurge Guy Kastler, qui siège au nom de la Confédération paysanne au CTPS. Et de déplorer le même manque de curiosité à la Répression des fraudes, pourtant chargée de traquer dans les étals les OGM cachés.


Article non signé. Le Canard enchaîné. 18/09/2019