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Nous sommes conscients que les propos de Yann Algan peuvent décevoir ou enchanter bon nombre de lecteurs. Si nous avons sélectionné cette interview, c’est parce qu’il faut prendre connaissance de toutes les tendances de la société française, en perpétuelle évolution ; sa connaissance est le seul moyen de tirer des conclusions personnelles. MC

Certes cette interview est parue dans le quotidien « Le Figaro » qui assume son ancrage à droite et son copinage avec le gouvernement, mais pourquoi ne lirait-on pas quelques-uns de ces articles au même titre que nous piochons dans d’autres quotidiens tels que « La Croix » ou « L’Humanité », dans des hebdomadaires ou mensuels aux divers tendances. Qui est en droit de juger que tel propos est digne d’être partagé, plutôt que telle autre ? Qui peut prétendre en matière d’information établir et diffuser la vérité ?

Nous revendiquons pleinement le droit à poster des articles de diverses tendances et ce, même s’il nous arrive parfois de donner des avis, de contester un propos, nos commentaires ne sont que le reflet momentané d’interrogations et jamais affiché par la volonté d’une certitude absolue. C’est aussi la raison pour lequel nous ne censurons aucun commentaire. MC

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  • Renaud Girard. Le Figaro : Pourquoi avez-vous décidé tous les quatre d’écrire un nouveau livre (*) sur le phénomène du populisme?

Yann ALGAN. […] Nous avons mené des enquêtes inédites, sur des milliers d’électeurs, en France et à l’étranger. Nous avons pris en compte aussi bien leur situation économique et sociale, que leurs valeurs et leur psychologie, en croisant les différents regards des sciences humaines.

  • Les difficultés économiques récentes des classes moyennes et populaires ne constituent-elles pas la première cause de montée des forces antisystème?

Indiscutablement, les risques économiques sont le facteur premier qui explique la très forte colère de ces électorats, aussi bien en France que dans les autres démocraties occidentales. Cette colère a été nourrie par la crise financière de 2008, qui a eu des conséquences fortes sur les niveaux de vie et les taux de chômage ; mais qui a aussi ébranlé la confiance des citoyens sur la capacité des institutions gouvernementales, des experts et des élites à prévenir les catastrophes.

  • Mais dans le livre, vous nous expliquez que les origines du populisme sont loin d’être seulement économiques…

Il existe un facteur appartenant à un autre registre, celui des relations interpersonnelles, c’est-à-dire celui de la confiance dans les autres. […]

Nous avons notamment mesuré que les électeurs de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2017 entretiennent une très forte défiance envers les autres. Cette défiance ne vise pas seulement les immigrés ; elle cible aussi leurs voisins, leurs familles, les autres en général. Le rejet populiste de l’homosexualité montre qu’on n’est pas là dans un registre uniquement économique, mais beaucoup plus dans un rapport blessé à autrui.

  • Et les électeurs de Mélenchon en 2017, les classez-vous parmi les populistes?

Non. Ils partagent la même colère antisystème ; mais ils montrent des niveaux de confiance beaucoup plus élevés. Nous les classons donc dans la gauche radicale. La confiance en autrui fait le partage des eaux entre la gauche radicale et la droite populiste, aussi bien en France que dans les autres démocraties occidentales. […]

  • Mais ce que vous appelez la «blessure à autrui», d’où vient-elle?

Cette blessure n’est pas juste psychologique ou culturelle. Elle puise ses origines dans la désocialisation et la solitude propres aux sociétés post-industrielles. Nous sommes passés d’une société de classes (où les ouvriers partageaient un monde commun au sein des entreprises, des syndicats, des mouvements communistes et socialistes) à une société d’individus isolés. […]

  • Cette solitude n’est-elle que professionnelle?

La solitude se manifeste aussi dans les territoires. Que cela soit les électeurs de D. Trump, [B. Johnson, E. Macron] et de Marine Le Pen, […] tous sont concentrés par les territoires désindustrialisés, orphelins de lieux de socialisation, [mais aussi s’agissant la disparition] de services publics, de commerces, de lieux culturels. Cette solitude des sociétés post-industrielles commande des politiques publiques radicalement nouvelles.


Propos recueillis par Renaud Girard. Le Figaro. Titre original : «Yann Algan: «Le degré de défiance envers les autres, facteur clé du vote populiste» ». Source (extrait)


*Les Origines du populisme. Enquête sur un schisme politique et social, de Yann Algan, Elizabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault (Le Seuil, 208 p., 14 €)