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Les entreprises raflent l’oseille avec leurs grosses mains vertes

A bas l’écologie punitive, vive l’écologie lucrative !

Nombre d’entreprises tirent habilement parti des mesures en faveur de la transition énergétique pour arrondir leurs bénéfices. Sans que leurs clients en profitent… Mais qui se plaint, quand l’environnement est en jeu ?

L’exemple vient d’en haut. Les débats lies à la crise des gilets jaunes, l’hiver dernier, ont révélé que l’essentiel de la prétendue fiscalité verte perçue par l’Etat servait en réalité à financer tout autre chose. Le CICE de Hollande, par exemple (et ses 20 milliards de baisse fiscale pour les entreprises), a été en partie alimenté par la hausse des taxes sur l’essence.

Quelques exemples de cette lucrative protection de la planète…

  • Consigne des bouteilles : santé !

Le projet de loi sur l’économie circulaire, examiné à partir du 24 septembre par le Sénat, prévoit d’intégrer au prix des bouteilles en plastique et des canettes une « écotaxe » payée par le consommateur, afin de financer leur recyclage : 15 centimes de plus à partir de 2021. Le client qui rapportera ses contenants vides au magasin se verra rembourser autant de fois ses15 centimes. Les industriels, eux, y gagneront dès le départ : fini le « point vert », cette taxe de 1 centime destinée à payer le recyclage de chacune des 16 milliards de bouteilles ou canettes qu’ils mettent annuellement en rayon. Gain pour eux : 160 millions par an. Mais ils peuvent espérer davantage encore.

Si, comme en Allemagne, 10% des acheteurs ne rapportent pas leurs bouteilles, ce sont 240 millions par an qui ne seront pas remboursés. Qui récupérera ce pactole ? Le gouvernement évoque la mise en place d’un éco-organisme qui gérerait les consignes non remboursées. Le Collectif boissons (Coca, Danone, Nestlé, etc.) cherche à en obtenir la gestion.

Ses membres transformeraient ainsi la taxe de 160 millions qu’ils règlent aujourd’hui en une redevance de 240 millions… payée par les consommateurs : des profits jusqu’à plus soif !

  • L’hôtellerie dans de beaux draps

Pour contribuer au développement durable, le groupe Accor (5.000 hôtels dans le monde) multiplie, comme bien d’autres, les « bonnes pratiques ». La plaquette « Inutile de faire ma chambre » que le client est invité à accrocher à la poignée extérieure de celle-ci permet, souligne Accor, d’« économiser l’eau et [de] diminuer l’empreinte carbone. »

Petite compensation pour le client qui accepte ce « ménage allégé » : 100 » points de récompense » donnant droit chaque jour à une réduction de 2 euros sur la future location d’une chambre.

Mais, pour Accor, la « récompense » est bien supérieure : selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), l’économie sur le renouvellement du linge s’élève à 30% et la consommation d’eau est (grâce, aussi, aux réducteurs de pression) divisée par deux. Quant aux femmes de ménage, leur salaire est évidemment diminué à proportion des chambres non faites.

En route vers le développement durable des profits !

  • Plus d’un tour dans le sac

La loi de 2015 pour la croissance verte interdit la distribution gratuite de sacs en plastique par les magasins. Selon la Commission européenne, ce sont 850 tonnes de pétrole et 150 millions de tonnes de CO2 en moins chaque année.

Sauf que seuls sont concernés les sacs fins « à usage unique ». Les sacs d’une épaisseur supérieure à 50 microns (0,05 millimètre), eux, restent pour l’heure en libre distribution. A condition, précise le ministère de la

Transition écologique, de «porter un marquage indiquant qu’ils peuvent être réutilisés et ne doivent pas être abandonnés dans la nature (…). Avant l’interdiction, 5 milliards de sacs en plastique fin étaient donnés chaque année (…). Aujourd’hui, la grande distribution met en circulation environ 1 milliard de sacs réutilisables ». Lesquels sont évidemment payants et rapportent environ 300 millions d’euros aux commerçants. De vrais sacs à malice.

  • Gras papiers

Avec le développement du numérique, c’est désormais le client qui imprime (ou stocke sur son ordinateur) les documents que lui délivraient naguère l’administration, les banques ou les compagnies d’assurances. L’exemple des banques montre que l’opération est rentable. A en croire un document de la Fédération bancaire française datant de la fin de 2017, la « priorité au digital » (téléchargement des relevés de compte, opérations en ligne, etc.) a permis aux banques d’ « économiser de 15% à 25% de leur consommation de papier ».

En tête du classement, la BNP a réduit cette dernière de 41% entre 2012 et 2018. Quelque 4.000 tonnes de moins, pour une économie de plus de 6 millions par an.

Encore plus lucrative, la baisse des frais d’expédition et de traitement manuel de ces opérations. En dix ans, la numérisation a ainsi provoqué la fermeture de 2.000 agences bancaires (sur 37.000), et le mouvement s’accélère. De même, le nombre de distributeurs de billets, concurrencés par les paiements électroniques, diminue de 2% par an. Autant d’économies dont les clients ne voient pas la couleur : selon la Banque de France, les frais bancaires ont augmenté de… 166% entre 2012 et 2017.

Il ne peut pas y avoir que des gagnants…


Hervé Martin. Le Canard Enchainé. 18/09/2019