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Une « lapalissade » mais aussi un constat amer …

Il y a précisément un an nous « postions » cet article sur ce blog

Le plan anti-pauvreté de Macron

La presse européenne observe de près la situation.

Lors de l’annonce du plan anti-pauvreté par Emmanuel Macron, jeudi 13 septembre, c’est avant tout le changement d’attitude du président français qui a frappé la presse étrangère, avant les mesures proprement dites. “Même s’il a du mal à se défaire de son image de président des riches, Macron a essayé de faire preuve d’une certaine empathie envers les plus défavorisés, souligne ainsi El Periódico de Catalunya. Il a évité les paroles blessantes, comme quand il avait affirmé, il y a trois mois, que les aides sociales coûtaient à l’État un ‘pognon de dingue’, et il a corrigé sa fameuse métaphore alpine où il se référait à ceux qui réussissent comme des ‘premiers de cordée’.”

Ce même président qui, il y a trois mois, fustigeait ‘le pognon de dingue’ que la France dépenserait inutilement en aides sociales, s’est incliné le 13 septembre 2018, lors d’un discours d’une heure, devant les pauvres de France”, note la Süddeutsche Zeitung, qui remarque un chef de l’État “qui fait soudain du social”.

La France, laboratoire d’une “Europe sociale”

Toutefois, nos voisins n’oublient pas le fond des propositions, et El Periódico juge ainsi que si “Emmanuel Macron change de ton, le fond de sa philosophie politique reste le même”. De même, The Irish Times estime quece plan de lutte contre la pauvreté ne devrait pas suffire à débarrasser Emmanuel Macron de son image élitiste”.

Le quotidien irlandais affirme que “le projet d’Emmanuel Macron sera suivi de près en Europe, car la France est le laboratoire de cette ‘Europe sociale’ que le président français veut mettre en place”. L’exécutif a promis un investissement de 8 milliards d’euros répartis sur quatre ans afin de financer les mesures annoncées.

Si la priorité est donnée à l’aide à la petite enfance, c’est la mise en place d’un Revenu universel d’activité qui retient l’attention. Le président a annoncé vouloir rénover le système des minima sociaux, en fusionnant plusieurs prestations sociales : ce revenu sera “universel car chacun pourra y prétendre dès que ses revenus passeront en dessous d’un certain seuil”, a-t-il affirmé.

Loin d’un revenu universel comme celui testé en Finlande ou proposé par Benoît Hamon lors de la campagne présidentielle, il s’agit davantage d’une simplification du système existant, comme le commente le journal libéral allemand Die Welt :Cette réforme ne simplifiera donc pas seulement le système, elle permettra d’accompagner individuellement ceux qui passent entre les mailles du filet et de leur proposer des formations et des offres d’emploi. Dans le cadre de ce ‘parcours d’insertion’, la personne qui refuse deux propositions perdra son éligibilité au revenu universel d’activité, une mesure qui n’est pas sans rappeler certains des aspects les plus durs des réformes Hartz en Allemagne [qui ont réformé le marché du travail entre 2003 et 2005].

Le journal espagnol El País, lui aussi, fait le constat d’un “revirement social de Macron qui reste d’inspiration libérale” :

Il évoque non pas tant la Margaret Thatcher des années 80 que la troisième voie de Tony Blair, ou celle de Gerhard Schröder il y a plus de dix ans”.

En Italie, le quotidien de gauche La Repubblica dénonce “le maquillage du revenu universel”, “une savante manœuvre de communication qui consiste dans la réorganisation d’allocations qui existent depuis longtemps en France. Le président n’est pas entré dans les détails de cette mesure qui doit entrer en vigueur en 2020, mais il a déjà dit clairement qu’il ne s’agira pas de créer une nouvelle allocation, mais de mettre de l’ordre dans la myriade d’allocations qui existent dans une nation dont le système social est l’un des plus généreux de l’Occident.”

À neuf mois des Européennes

La Süddeutsche Zeitung souligne aussi une question de calendrier électoral. “Cet élan de politique sociale se produit au moment où, en Europe, les partis commencent à s’organiser en vue des élections de mai 2019”, constate le journal. D’après le quotidien allemand, Emmanuel Macron doit sa victoire en 2017 aux classes aisées de la population française : “Il est grand temps pour lui de réussir à convaincre ces couches de la société auxquelles l’idéal européen cosmopolite ne réussit pas”.

“Le président joue la carte sociale dans l’espoir de reconquérir l’opinion publique, surtout celle de gauche”, juge ainsi Il Fatto Quotidiano en Italie, avant de prévenir : “Mais il n’est pas dit que les Français oublieront si facilement les 500 000 euros dépensés pour acquérir la nouvelle vaisselle de l’Élysée. Ni que le plan pauvreté, qui devait être présenté en juillet, a été repoussé à cause du Mondial de football en Russie. Ni que la réforme de l’ISF, une des premières mesures du gouvernement, a, de fait, ‘offert’ plus de trois milliards d’euros aux plus riches.”

Courrier international – Paris – Titre original : « Vu de l’étranger. Avec son plan anti-pauvreté, Macron change de ton, “pas de philosophie” » – Source

Que dit un an après, en ce mois de septembre 2019, le sondage IPSOS pour le Secours populaire …

La 13eme édition du baromètre Ipsos /Secours populaire établit que le manque d’argent et les privations n’ont jamais été aussi durement ressentis par les personnes les plus précaires.

Plus du tiers des répondants (37 %) déclare avoir connu la pauvreté, surtout les femmes et les moins diplômés. «Des catégories souvent cantonnées au travail précaire ou à temps partiel», souligne l’économiste Jean-Luc Outin, de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

Logiquement, un tiers des répondants (34 %) arrive juste à boucler son budget (+2 points) et un sur cinq (18 %, +4 points) est contraint de vivre à découvert.

L’envolée du seuil de pauvreté subjectif à seulement 9 € du Smic traduit la gravité de la situation : désormais, un revenu mensuel de 1.193 € est considéré comme insuffisant pour une personne seule. C’est le chiffre le plus élevé publié par ce baromètre.

C’est aussi la plus forte hausse observée en douze mois (+75 € sur les 167 € d’augmentation en dix ans). Difficultés, privations et exclusion ne sont pas toutes reflétées par les indicateurs classiques puisque le seuil de pauvreté officiel, fixé à 60 % du revenu médian, est de 1 026 euros, selon l’INSEE.

Restrictions multiples pour boucler le budget

Un tiers des personnes interrogées (32 %, +5 points) peinent à payer leurs factures d’énergie et le logement pèse trop lourd pour 28 % des ménages. « De plus en plus, surtout en zone rurale, nous aidons des travailleurs et des employées qui croulent sous ces échéances », témoigne Houria Tareb, secrétaire nationale du SPF chargée de la solidarité en France.

Un quart du panel limite ses repas pour passer la fin du mois et 59 % des plus précaires (moins de 1.200 €) ont du mal à faire 3 repas équilibrés par jour. « Cela nous inquiète d’autant plus que l’Union européenne veut refondre son mécanisme d’aide alimentaire, le FEAD, pourtant crucial pour la capacité d’action des associations », relève Sébastien Thollot, secrétaire national du SPF chargé de l’aide alimentaire.

Les vacances sont sacrifiées par près d’un répondant sur deux (45 %). Un record lié, pour beaucoup, au renoncement massif de ceux qui perçoivent au mieux un Smic (78 %) et à la montée des tensions pour ceux qui gagnent jusqu’à 2 000 euros. Ces difficultés se répercutent sur les enfants : un répondant sur deux a du mal pour financer des vacances ou des activités extrascolaires. Un point focal de la reproduction des inégalités (Le Monde, 28.07.19).

Des enfants toujours plus anxieux

Les enfants représentent 41 % de personnes aidées par le SPF, c’est pourquoi l’association les a interrogés pour la troisième fois depuis 2012. Les 8-14 ans sont 51 % à estimer qu’il y a « beaucoup de personnes pauvres » en France, contre 39 % en 2012. «La pauvreté est de plus en plus perçue comme une situation proche», explique Etienne Mercier d’Ipsos. Plus que dans le cercle familial (34 %), c’est à l’école (56 %) qu’ils y sont confrontés.

Ils sont 41 % à déclarer que d’autres écoliers ne mangent pas à leur faim ou de manière variée (+10 points depuis 2015) ; 61 % que certains n’ont jamais de chaussures neuves ou de vêtements neufs (+10 points) et 72 % estiment que, par manque d’argent, des élèves ne vont jamais au cinéma, au musée ou dans un parc d’attraction (+15 points depuis 2012). Les trois-quarts (77 %) savent que des camarades sont privés de vacances. «Il est significatif que cela reste, de loin, la première privation identifiée, l’année du 40e anniversaire de la Journée des oubliés des vacances», analyse Houria Tareb.

Dans ce contexte, leur inquiétude pour l’avenir grandit (6 enfants sur 10 ont peur de devenir pauvres, +4 points depuis 2015), mais ne les inhibe pas : 82 %des 8-14 ans souhaitent s’engager contre la pauvreté, globalement perçue comme « injuste ». Les trois quarts (74 %) ont déjà donné des vêtements ou des jeux et un tiers (34 %) en ont déjà collectés pour les distribuer en France ou les envoyer à l’étranger.

Ce besoin de s’investir se traduit par le souhait exprimé par 60 %des enfants de rejoindre un mouvement de solidarité comme «copain du Monde». Le droit de s’engager est justement l’un de ceux que leur reconnait depuis 30 ans la Convention internationale des droits de l’enfant et pour lequel se bat le Secours populaire.



Olivier Vilain –Revue « Convergence » N° 365