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Ces incendies qui rapportent financièrement et des ennuis…

Plus de 1 000 départs de feu par jour en ce début de septembre : […]  l’Amazonie continue de se moderniser gaiement.

[Elle est en train de] devenir enfin rentable, comme le rappelle le géographe François-Michel Le Tourneau (« Le Monde », 3/9), « 1 hectare de forêt « vierge » ne vaut rien ou presque sur le plan foncier et est « improductif » sur le plan économique ». Or, des hectares, l’Amazonie en compte plus de 500 millions (eh oui, plus de huit fois la France).

Comment continuer de les contempler les bras ballants ?

Il suffit de mettre le feu à un bout de forêt. D’y installer du bétail. Puis de planter du soja transgénique. Et hop ! voilà un champ qui vous crache ses 3 tonnes de bonnes graines de soja par hectare… Ce qui, au cours actuel, vous rapporte dans les 1.000 euros par an. Pas mal, non ? Et pas d’inquiétude pour trouver des acheteurs : le soja s’arrache dans le monde entier. En Europe, notamment. En France.

Du soja, chacun d’entre nous en consomme 61 kilos par an, a calculé le WWF. Pas tel quel, évidemment. Mais de manière indirecte. Car c’est avant tout de soja que sont nourris volailles, cochons, veaux, vaches et même poissons d’aquaculture.

Naturellement riche en protéines et en huile, c’est le champion toutes catégories de la bouffe animale. Les éleveurs français en importent 3,5 millions de tonnes, dont les deux tiers viennent du Brésil.

On le sait, en clôture du fameux G7 au cours duquel il a morigéné Bolsonaro, Macron a admis une certaine « complicité » de la France. Et a appelé à« recréer la souveraineté protéinique de l’Europe ».

En clair : cultivons un soja bien de chez nous qu’on donnera à notre bétail. Simple comme bonjour, non ? A ce détail près : c’est impossible.

Pour assurer la production de soja nécessaire, il faudrait, a calculé Greenpeace, y consacrer la totalité des terres agricoles du Morbihan, des Côtes-d’Armor et du Finistère…

  • Quoi ? Nous avons tant de bêtes à nourrir ?
  • Oui : la France s’enorgueillit de disposer du premier cheptel européen, avec 19 millions de têtes de bétail. Et ça ne nous suffit pas : en prime, nous importons du Brésil pas moins de 260.000 tonnes de bœuf, lui aussi nourri sur place avec du bon soja OGM.

Le Mercosur, signé fin juin d’un cœur léger par Macron (et qu’il menace aujourd’hui de ne plus ratifier), devait accroître encore ces importations.

Avouons-le : nous sommes des viandards.

Voilà un demi-siècle, chaque habitant mangeait en moyenne 75 kilos de bidoche par an. Aujourd’hui, c’est 10 de plus (même si éleveurs et bouchers se plaignent que, depuis peu, ça se tasse). Il faut dire que, sans le soja brésilien, elle nous coûterait bien plus cher.

A la fin de l’année dernière, la France s’est fendue, après une enquête publique, s’il vous plaît, d’une « stratégie nationale contre la déforestation importée ». Il s’agissait, déjà, de déculpabiliser le consommateur de viande. Lequel, alerté par les écolos, commence à regarder son steak d’un drôle d’œil.


Jean-Luc Parquet. Le Canard enchaîné. 11/09/2019