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Si le grand procès pénal du Mediator va enfin s’ouvrir, le 23 septembre 2019, le volet politique de l’instruction avance à un rythme ébouriffant.

Comme l’avait révélé « Le Canard » en 2017, une information disjointe a été ouverte en 2014 concernant Philippe Douste-Blazy, qui fut deux fois ministre de la Santé et entretenait de chaleureux rapports avec Jacques Servier, défunt patron du laboratoire.

En perquisitionnant le siège du groupe, en 2011, les gendarmes avaient en effet mis au jour une touchante correspondance entre Douste et Servier « témoign[a]nt d’une fréquentation notable entre les deux hommes, se qualifiant d’« amis », note le réquisitoire définitif du parquet, rendu en mai 2017. Et d’énumérer de possibles « délits d’abus de biens sociaux » : « M. Douste-Blazy [a] été consultant de Servier Medical en 1986 », et le labo a financé sa campagne législative, à quoi s’ajoutent d’autres généreuses oboles « 300 000 francs au club de football de Lourdes, ville dont M. Douste-Blazy était le maire ». En 2008, la relation est encore au beau fixe : « Merci d’avoir su être là au moment où j’en avais besoin. Je ne l’oublierai jamais », s’enflamme Douste auprès de son « cher professeur et ami !!! ». Dans Servier, il y a « servi »…

Nallet pas bien

Cinq ans après son ouverture, ce volet est « toujours en instruction », indique laconiquement le parquet. Et Douste vient juste d’être auditionné. « Par un policier avant l’été, explique l’intéressé au « Canard ». C’était très cool (sic). Ils n’ont rien trouvé et ont bien compris que je n’avais aucun lien, de près ou de loin, avec toute cette affaire du Mediator. Jamais je ne suis intervenu en faveur d’un médicament de Servier. »

A l’instar de Douste, beaucoup d’hommes politiques ont été choyés par le labo.

Nicolas Sarkozy était proche de Jacques Servier, qui fut client de son cabinet d’avocats. Feu le ministre des Affaires sociales Jacques Barrot fut aussi un intime du patron. Seul l’ex-ministre de la Justice Henri Nallet a écopé du statut de témoin assisté pour avoir touché 2,7 millions d’euros comme conseiller de Servier.

Douste, lui, ne sebile pas trop : « Quand ils m’ont raccompagné, les enquêteurs m’ont dit : « Merci d’être venu, vous n’entendrez plus parler de nous. »»

Et « pardon du dérangement » ?


Isabelle Barré. Le Canard enchaîné. 11/09/2019