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Dénoncée par toutes les associations à but caritative, …

… Christophe Devys, président du collectif Alerte, vient confirmer s’il était besoin de l’importance du délaissement par le gouvernement en place du nombre de personnes vivant dans la pauvreté et par la même le plus souvent dans l’exclusion sociale. Christophe Devys dénonce le fait que des mesures adoptées par le gouvernement ont été défavorables aux plus pauvres.

Le 13 septembre 2018, Emmanuel Macron annonçait son plan de lutte contre la pauvreté. Un an après, quel bilan en tirez-vous ?

Christophe Devys : Le jour de l’annonce de la stratégie pauvreté, le collectif Alerte avait accueilli favorablement l’intention, qui consiste à miser sur la prévention pour éviter la reproduction de l’exclusion d’une génération à une autre. On avait salué un certain nombre de mesures, sur la mixité sociale dans les crèches ou l’obligation de formation pour tous les jeunes de moins de 18 ans…

Mais il faut du temps pour que ces mesures donnent des résultats concrets  […]  car la plupart nécessitent une contractualisation avec les collectivités locales ou renvoient à une concertation. […] toutefois ce que nous constatons, c’est que, stratégie pauvreté ou pas, la situation des plus pauvres s’est dégradée et c’est cela qui est pour nous le plus important.

Certaines mesures mises en avant par le gouvernement sont parfois positives, mais elles s’apparentent à des rustines par rapport à une politique économique qui fragilise chaque jour les plus pauvres.

Les sommes débloquées pour les mettre en œuvre ne pèsent pas lourd, non plus, face aux milliards dont le budget de l’État a fait cadeau aux plus riches (5 milliards d’euros avec la suppression de l’ISF et 7 milliards avec celle de la taxe d’habitation, y compris aux hauts revenus). « Si on veut une amélioration pour les plus pauvres, il va falloir faire des choix fiscaux », a souligné Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre (FAP).

À quoi vous référez-vous pour dire que les plus pauvres vivent plus mal ?

C. D. : C’est ce que nous disent les personnes qui fréquentent les associations. Il y a de plus en plus de gens qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, de plus en plus de personnes dans la rue. Les plus pauvres ont subi à la fois la baisse de 5 € des allocations logement, puis leur désindexation par rapport à l’inflation, ainsi que celle des prestations familiales. Pour un couple avec deux enfants qui touchent ces deux allocations, cela peut représenter 7 à 8 € de moins par mois. Cela peut paraître peu mais, pour un ménage qui a du mal à nourrir ses enfants, ce n’est pas rien.

Il y a, de fait, un décalage très fort entre l’ambition affichée par la stratégie pauvreté et le résultat des autres décisions du gouvernement.

Par exemple, l’exécutif a annoncé des mesures de soutien au pouvoir d’achat, comme la diminution des impôts ou la revalorisation de la prime d’activité. Mais les plus pauvres, ceux qui n’ont pas ou très peu d’activité, ne sont pas concernés par ces mesures. Et l’exécutif n’a pas accédé à notre demande d’augmenter le RSA.

Même décalage en ce qui concerne l’emploi : d’un côté, on annonce un service public de l’insertion ambitieux, de l’autre on supprime près de 200.000 emplois aidés.

Quant à la réforme de l’assurance-chômage qui réduit drastiquement les conditions d’indemnisation, elle va renvoyer beaucoup de personnes vers les minima sociaux.

Même chose concernant le logement : d’un côté, on met en place le plan « logement d’abord » pour loger des personnes à la rue, et de l’autre on supprime des crédits sur l’hébergement.

Enfin, en matière de santé, on peut saluer la fusion prochaine de la couverture maladie complémentaire (CMUC) et de l’aide à la complémentaire (ACS). Mais on s’inquiète aussi des projets d’économies sur l’aide médicale d’État (AME), qui permet aux sans-papiers de se soigner.

[…]

Expulsions locatives !

Malgré la priorité affichée, le constat est sans appel : la construction, notamment de logements sociaux, est en baisse ou insuffisante (35.000 au lieu des 65.000 nécessaires). De même, la rénovation thermique n’est pas à la hauteur des ambitions affichées (300.000 logements concernés et un budget en baisse dans la prochaine loi de finances).

S’y ajoutent une baisse de budget pour les centres d’hébergement et de réinsertion, pas grand-chose pour la résorption des bidonvilles et rien, faute des fonds nécessaires, pour enrayer la spirale des expulsions locatives…

« On se trouve dans une situation de laquelle quelques milliers de personnes vont sortir par le haut grâce au logement d’abord, résume Christophe Robert, mais des dizaines de milliers d’autres vont basculer dans le mal-logement. »


Article composite, notamment d’une interview recueilli par Nathalie Birchem paru dans « La Croix ». Titre original : « Christophe Devys : « La situation des plus pauvres s’est dégradée » ». Source (extrait)

Mais aussi l’article de « l’Humanité » rédigé par Camille Bauer. Titre original : « Précarité. Les plus pauvres, sacrifiés des choix économiques ». Source (extrait)