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Mettre à la disposition de toutes et tous les innovations thérapeutiques actuelles et produire les médicaments essentiels à la santé est encore un combat à gagner au niveau de l’Europe.

Les trente dernières années ont vu l’émergence de grands progrès dans le traitement d’un certain nombre de maladies graves.

Dans le domaine des cancers par exemple, des approches réellement innovantes (thérapies ciblées, immunothérapies) ont commencé à révolutionner le pronostic de ces affections, et ce mouvement se poursuit avec plusieurs centaines de nouvelles molécules actives en développement. Permettre et maintenir la mise à disposition de ces avancées pour tous est cependant un combat qui reste à gagner en Europe.

Ainsi, l’augmentation exponentielle du prix des nouveaux médicaments, qui est imposée aux États par les grandes compagnies pharmaceutiques, met en danger l’accès de chacun à l’innovation thérapeutique. En Europe, ce phénomène se traduit par des défauts ou des retards de remboursement, et par la mise en tension croissante des systèmes de sécurité sociale, voire des décisions de restriction sanitaire basées sur des critères purement économiques.

Contrairement au discours des industriels, ces prix exorbitants ne sont pas justifiés par les coûts en recherche et développement (bien souvent inférieurs aux coûts en marketing de ces entreprises), mais sont en grande partie déterminés par les exigences de rentabilité des actionnaires, qui sont parmi les plus élevées du monde économique (les dividendes versés dans ce domaine sont fréquemment supérieurs à ce qui se voit dans l’industrie du luxe, du numérique, de la finance). De plus, bien souvent, les découvertes en matière de médicament sont issues directement ou indirectement de travaux réalisés dans les laboratoires de recherche publics, et cet apport irremplaçable de la recherche académique n’est jamais pris en compte dans la discussion des prix.

Pour une autre politique du prix du médicament
Sur cette question, il est nécessaire de porter le combat à l’échelle du pays et de l’Union européenne en imposant :

  • la prise en compte des coûts réels en recherche et développement et la part prise par le soutien public dans leur mise au point ;
  • des négociations de prix avec l’industrie transparente à l’échelle européenne ;
  • une réévaluation régulière de ces prix en fonction des profits dégagés et des dividendes versés aux actionnaires ;
  • une obligation pour les compagnies pharmaceutiques de contribuer financièrement à la recherche clinique académique indépendante, concernant l’utilisation optimale des médicaments nouvellement enregistrés.

Produire les médicaments essentiels
Le développement d’un pôle public du médicament au niveau européen, dans le cadre d’une coopération choisie avec les pays de l’Union qui le souhaiteront, pourrait aider à changer la donne, à regagner du pouvoir sur la finance et à éviter la marchandisation de la santé. Il permettrait par exemple :

  • de produire les médicaments essentiels, c’est-à-dire ceux de la liste prioritaire établie par l’Organisation mondiale de la santé et qui sont considérés comme indispensables aux besoins humains de santé ;
  • de faire face aux pénuries récurrentes dès lors que l’espérance du profit n’est pas suffisante pour faire frissonner les actionnaires ;
  • d’être capable, le cas échéant, de dégainer l’arme absolue de la licence d’office, celle qui permet aux États, lorsqu’ils considèrent que leurs intérêts vitaux en santé publique sont menacés, de casser les brevets et de produire eux-mêmes les médicaments dont l’industrie refuse de négocier les prix ;
  • de redonner du poids à la recherche clinique publique dans le domaine pharmaceutique, puisque celle-ci a été totalement abandonnée par le modèle néolibéral qui gouverne l’Europe depuis plus de soixante-dix ans.

Anthony Gonçalves est cancérologue. Il est professeur à l’université Aix-Marseille. Revue Cause commune n° 10 (mars/avril 2019)