Étiquettes

[…] Rarement la volonté de dépolitiser les élections municipales aura [été orchestrée par la cellule communication du gouvernement en place.]

[Une] dépolitisation  […]  résultant de [la conjugaison de] plusieurs facteurs.

  1. Le premier est une sorte d’instinct de survie des maires sortants. La plupart des édiles des grandes villes ont été élus sous [des] étiquettes [telles : « UMP (aujourd’hui LR), PS, » .

[Ces maire des grandes villes ont pu constater le score de leur parti plus ou moins défunt,] dans leur commune, à la présidentielle et plus encore aux européennes.

[…] le réflexe naturel d’un sortant sera, plus encore que par le passé, de valoriser son action personnelle et de minorer son étiquette partisane. Ceci sera vrai même dans les villes où le ou la maire n’est pas en rupture avec l’état-major national. [Mais il faut considérer que les très grandes villes ne sont pas pléthores, ne sont pas représentatives de l’ensemble des communes de France car bien évidemment dans les villages et bourgades c’est souvent la personnalité de la personne se présentant qui emporte les suffrages, quittes pour elle de déclarer après-coup une appartenance à un parti politique.] […]

Mais, paradoxalement, La République en marche a intérêt aussi à cette dépolitisation.

  • Naïvement, beaucoup de Marcheurs avaient initialement indexé leurs rêves de conquêtes municipales sur le score d’Emmanuel Macron. Paris, Marseille, Nantes… Tout devait basculer, presque mécaniquement. Ils découvrent aujourd’hui que la réalité est plus complexe. D’abord parce que les Français ne se sentent jamais liés par leur vote précédent. Ensuite parce qu’une tête de liste ne se fabrique pas en quelques mois. C’est le syndrome du parti nouveau. Aux législatives, le parrainage de Macron suffisait à faire élire un inconnu. Pas aux municipales. Or il faut des années pour façonner un tissu d’élus locaux.

[…] C’est pour cela que les stratèges du chef de l’État cherchent moins à faire gagner la seule étiquette LREM qu’à conclure le plus grand nombre possible d’alliances.

L’objectif est moins d’afficher un nombre important de maires estampillés LREM [qui constitueront]  un vivier de conseillers municipaux qui « pourront », dans un deuxième temps, conquérir d’autres mandats. […]

L’intérêt de cette stratégie du gouvernement via le « groupe » LR–EM tient dans l’impossibilité, voulue, à définir la « pureté » politique d’une offre municipale qui empêchera les partis, au soir du scrutin, d’établir la traditionnelle liste des conquêtes et des défaites.


Article rédigé d’après un écrit de Guillaume Tabard. Le Figaro. Titre original : « Vers une dépolitisation inédite des municipales ». Source (Extrait)