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Le député LREM Cédric Villani a officialisé mercredi 4 septembre sa candidature pour la mairie de Paris face au candidat officiel du mouvement Benjamin Griveaux.

Derrière ce cas emblématique, [ont comptabilisera] les difficultés que rencontre le parti présidentiel pour les élections municipales, se multiplient les crises locales.

« Je ne serai jamais un homme d’appareil », a répété Cédric Villani, reprenant à son compte une forme de dégagisme qui avait fait le succès d’Emmanuel Macron lors de la campagne de la présidentielle de 2017. Une posture d’homme providentiel qui réjouit les militants venus s’entasser dans la brasserie pour ce lancement de la campagne.

Reste que, au-delà du cas très médiatisé de Cédric Villani, les investitures de LREM, mouvement avec peu d’assise territoriale, donnent à voir la faiblesse de son organisation et du poids du bureau exécutif.

De fait, sur l’ensemble du territoire, pointent déjà des conflits qui risquent de provoquer des déconvenues électorales en mars 2020.

Courbevoie se révèle être un cas d’école. Aurélie Taquillain, ex-LR et adjointe à la petite enfance, a été choisie pour porter les couleurs du parti présidentiel dans cette ville historiquement aux mains de la droite.

Problème pour les Marcheurs : le 5 octobre 2014, elle défilait avec son écharpe tricolore lors d’une manifestation contre le mariage pour tous. L’élue a un temps eu des responsabilités à l’UMP sur les questions de petite enfance aux côtés d’Anne Lorne, déléguée régionale de Sens commun, le mouvement fondé par des membres de la Manif pour tous, et a participé à des débats publics avec elle.

Juste après son investiture, la désormais candidate LREM à la mairie de Courbevoie (Hauts-de-Seine) a voulu éteindre la polémique à travers un tweet : « Je peux vous rassurer. Je suis issue de la tendance Juppé de la droite française. Je soutiens pleinement le projet de loi du gouvernement sur la généralisation de la PMA pour toutes les femmes. Je n’ai jamais été ni militante ni adhérente de Sens commun. »

L’explication n’a pas convaincu les militants LREM de la ville. Après la création d’une boucle sur la messagerie Telegram nommée « Les Marcheurs libres avec E. Macron » au cours de l’été, une quarantaine de personnes se sont réunies le 29 août pour fonder « Les Marcheurs libres », en réponse à « des décisions verticales dénuées de tout sens [qui] sont prises sans consultation citoyenne de la base locale, les comités », comme l’indique leur premier communiqué de presse.

Dans cette ville de plus de 80.000 habitants, la colère se mêle à l’amertume. Dans le premier mail officiel de ce nouveau collectif, les fondateurs écrivent : « Comme vous le savez, l’investiture de la candidate LREM à Courbevoie, le même jour que Paris, ne passe pas auprès d’un certain nombre de Marcheurs locaux et le fonctionnement avec l’élue de la circonscription est compliqué. »

Selon nos informations, la politique politicienne s’est mêlée de cette décision par l’entremise du député Thierry Solère, qui a eu le dessus sur les militants historiques. Au QG de LR-EM, on promet qu’il n’y aura pas deux Courbevoie, reconnaissant en creux le problème de cette investiture.

Les « Marcheurs libres » ouvrent un débat plus général concernant ce qui dysfonctionne sur l’ensemble du territoire. Ils précisent : « Néanmoins, nous insistons sur le fait que le label “Marcheurs libres” va au-delà de Courbevoie et Paris. Il s’adresse à toutes nos campagnes et toutes nos villes. Hier étaient notamment présents des marcheurs de Grenoble, Aix, Annecy, Massy, Lognes… »

À Lille, la décision de la CNI provoque également des remous. La députée Valérie Petit, qui lorgnait sur l’hôtel de ville, a été écartée au profit de Violette Spillebout, ex-PS, et surtout ex-directrice de cabinet de Martine Aubry à la mairie. Le 29 août, l’élue, réputée proche de Gérald Darmanin, a annoncé à l’AFP qu’elle ne soutiendrait pas la candidate officielle en raison de « problèmes d’éthique ».

D’autres villes sont le théâtre de vives tensions entre le local et le QG parisien, alors même que les investitures ne sont pas encore officielles. Annecy (Haute-Savoie) est l’une d’elles, mais aussi Metz, Sens, Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux, etc.


À la république en marche (LR–EM) on commence à s’apercevoir qu’il est impossible de dicter sa loi du haut d’un perchoir, fut il élyséen. Que les élections municipales n’ont rien à voir avec un ordonnancement dicté par un parti politique ; l’ancrage local d’une part et d’autre part un programme convenant aux administrés feront l’élection. *

Bien évidemment les maires élus ont (ou auront) une couleur politique (avant mais le plus souvent après) qui influera les prochaines élections indirectement sur la formation des intercommunalités, les futures élections territoriales, futures régionales, mais prochainement directement sur les élections sénatoriales puisque en leur qualité de grands électeurs, ils assurent l’élection des sénateurs.

A ce sujet la réduction du nombre de sénateurs au palais du Luxembourg sera à n’en pas douter à prendre en considération dans les milieux politiques scrutant les résultats des municipales. On comprend mieux alors, les démarches des macroniste dans cette vision future. MC


Manuel Jardinaud. Médiapart. Titre original : « A Paris comme ailleurs, LREM se fracture en vue des municipales ». Source (extrait)