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Effets d’annonces gouvernementales sur le sujet … mais plus exactement, voilà « LA » vérité sur ces annonces !

 […] … Une femme âgée de 92 ans est morte à Réalmont (Tarn) après avoir été frappée par son mari à son domicile, dimanche 1er septembre.

Deux jours après ce 101e féminicide de l’année s’ouvrait à Matignon le « Grenelle contre les violences conjugales », annoncé avant l’été par la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa. Un « processus de concertation », […] qui doit réunir associations, parlementaires, élus locaux et professionnels de terrain.

Plusieurs de ces acteurs avaient donc été conviés rue de Varenne, le 3 septembre, pour participer aux premiers ateliers du Grenelle en présence des ministres concernés (à savoir la moitié du gouvernement) qui entouraient Édouard Philippe au moment de son discours d’introduction. Discours durant lequel le premier ministre a annoncé une série de « mesures d’urgence », en prenant soin d’éviter la question des financements, pourtant cruciale pour bon nombre d’associations qui estiment à un milliard d’euros les moyens nécessaires pour lutter efficacement contre les féminicides.

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Contrairement à ce que laissent entendre le premier ministre et la secrétaire d’État, la question des financements est loin d’être anecdotique, […]. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé Caroline de Haas, du collectif #NousToutes, lors de son intervention aux ateliers de la rue de Varenne. En sortant de Matignon, la militante associative ne cachait pas sa déception : « On est venues, on a vu, on est déçues », a-t-elle résumé devant les caméras de télévision.

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À l’automne 2018, un rapport du Haut Conseil à l’égalité hommes-femmes relevait que l’action pour les droits des femmes était « sous-financée » en France, tant « par rapport à d’autres politiques que par comparaison avec d’autres pays au même potentiel ». Il estimait que 506 millions d’euros au minimum et 1,1 milliard pour l’hypothèse haute seraient nécessaires chaque année pour des parcours de sortie des violences conjugales adaptés et en nombre suffisant. Aujourd’hui, le gouvernement consacre environ 79 millions d’euros à ce sujet, selon l’estimation du Haut Conseil. […]

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Officiellement, le sujet n’est donc pas celui du financement.

C’est pourtant en annonçant qu’il consacrerait 5 millions d’euros à la création, à partir du 1er janvier 2020, de 1.000 nouvelles places d’hébergement et de logement d’urgence destinées aux femmes victimes de violences conjugales, que le chef du gouvernement a commencé à lister les fameuses mesures, dont le coût global est estimé à 45 millions d’euros. Toujours sur le logement, le premier ministre a aussi indiqué que les victimes pourraient désormais obtenir une caution locative d’Action Logement, afin de simplifier leur accès à un logement pérenne.

Le gouvernement va également « généraliser la possibilité de porter plainte à l’hôpital » à compter du 25 novembre et soutenir une proposition de loi de la majorité visant à élargir le recours au bracelet anti-rapprochement (le texte devrait être discuté au Parlement dans le courant de l’automne). Des procureurs référents spécialisés seront identifiés  […].

Pour conclure, le chef du gouvernement a abordé la question de l’autorité parentale, qui sera « suspendue de plein droit » dès la phase d’enquête en cas de féminicide, « sans qu’il soit besoin d’une décision du juge ». Après un dépôt de plainte pour violences, le juge pourra également « suspendre ou aménager » l’exercice de l’autorité parentale, en offrant la « possibilité pour la mère de prendre les décisions de façon unilatérale tout en continuant à percevoir une pension alimentaire ». […]

Ces mesures étaient réclamées par les associations depuis longtemps. […]

Dessin d’ Aurel -Le Canard Enchainé – 04/09/2019

La formation, grande oubliée du Grenelle

Après ces annonces, les associations entendent rester attentives aux moyens réellement mis en œuvre, et ce d’autant plus que le gouvernement a déjà été pris en défaut sur le sujet. Dans leur communication, Édouard Philippe et Marlène Schiappa revendiquent la création de 5.000 places d’hébergement et de logement d’urgence destinées aux femmes victimes de violences conjugales depuis le début du quinquennat. Ce qui est faux puisque, selon des documents budgétaires, la France comptait déjà 5.115 places au 31 décembre 2017 dans le parc d’hébergement, dont 2.034 créées depuis 2013. 

Au mois d’août, le cabinet de la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes assurait à l’AFP que « 5 985 places d’hébergement dédiées aux victimes » existaient en France, dont « 2 238 places créées » depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Interrogé lundi sur ces discordances, le cabinet n’a pas répondu à nos questions.

De même, face à la presse, Marlène Schiappa a attribué au gouvernement le recrutement de 73 psychologues dans les commissariats pour recevoir les femmes victimes. Mais comme l’a relevé le collectif #NousToutes, ces psychologues ont en réalité été recrutés dès 2006 pour la prise en charge de l’ensemble des victimes et mis en cause.

[…]

Plusieurs associations féministes, […], ont dénoncé leur éviction du Grenelle dans des tribunes parues dans L’Humanité et sur le site de France Info. Parmi elles : Osez le féminisme (OLF), qui fut la première à organiser une campagne sur les féminicides en 2014, et le Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), dont les revendications ont inspiré la loi du 9 juillet 2010 qui a créé l’ordonnance de protection.

Certaines familles de victimes n’avaient, elles non plus, pas été conviées. C’est notamment le cas de Cathy Thomas, dont la sœur et les parents ont été assassinés en 2014 par son ex-conjoint […]


Louise Fessard et Ellen Salvi. Médiaspart. Titre original : «Violences conjugales: une prise de conscience, mais peu de moyens ».  Source (extrait)