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L’État poursuit son hold-up sur l’argent du social : siphonnage des réserves des retraites complémentaires, pompage des fonds du logement, ponctions sur la Sécu et l’assurance-chômage.

Et on prétend que l’État-providence n’aurait pas d’avenir ! Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, il tourne à fond… mais seulement à l’envers. La manne ne coule plus vers les désargentés : elle sort à flots des caisses sociales pour irriguer celles de l’État. Et ce n’est pas l’obsession de Gérald Darmanin (boucler son budget 2020 malgré 5,5 milliards d’allégements fiscaux) qui risque d’inverser la tendance.

La dernière trouvaille ? Taper dans les réserves d’Action Logement, l’organisme de gestion du fameux 1 % logement. La cotisation, tombée en réalité à 0,45 %, est versée par les entreprises pour financer le logis de leurs salariés. Cette ponction de 500 millions, programmée à Bercy, écornera à peine une trésorerie bedonnante de plus de 8 milliards. Mais, en ces temps de mal-logement, le symbole fait tache.

La plupart des secteurs sociaux sont frappés par cette boulimie gouvernementale. Sans attendre la validation définitive des chiffres par la Cour des comptes, « Le Canard » dévoile les tours de passe-passe en vigueur ou en projet, à partir des deux budgets primitifs de l’ère Macron, du rapport Delevoye tel qu’il a été accepté par le gouvernement, et de lois adoptées par le Parlement.

  • Coup de baguette sur l’effet du logis

Dès l’été 2017, Emmanuel Macron a porté un coup de canif aux aides personnalisées au loge­ment (APL). Face au tollé, il a annoncé peu après des « compensations »… payées par les sociétés de HLM. Ainsi, les bailleurs sociaux ont dû baisser leurs loyers à hauteur de 900 millions, avant de voir le taux de leur TVA augmenter, de 5,5 à 10 % (soit 800 briques de prélèvements supplémentaires).

Au début de cette année, la ponction sur l’habitat des moins riches aurait dû être portée à 2,5 milliards. Mais, de peur d’agiter un énorme chiffon rouge sous le nez des gilets jaunes, Bercy s’est limité à 1,4 milliard. A peine le quart d’un futur porte-avions…

  • Les retraites soumises à la traite

Les étourdis n’ayant pas poussé leur lecture du rapport Delevoye sur la réforme des retraites jusqu’à la page 98 ont raté le clou de ce pensum : « La Caisse nationale d’assurance vieillesse (le régime général des salariés) et la fédération Agirc-Arrco (les complémentaires) seront fusionnées » au sein du futur régime unique. Ce régime (p.107) pourra « récupérer la part des réserves antérieurement constituées par les caisses en vue d’assurer la couverture de leurs dépenses ».

Traduction : l’État projette de faire main basse sur les 71 milliards de réserves que s’étaient constituées les caisses complémentaires du privé, c’est-à-dire les cotisations versées à des organismes paritaires de droit privé. « C’est notre argent. On l’a versé pour payer nos retraites ! » s’insurge l’un des prochains spoliés.

Toujours selon le rapport de Delevoye, le magot servira à « faciliter la convergence des anciens régimes vers le système universel ». En clair, il permettra de limiter l’augmentation des cotisations des cheminots ou des paysans, qui basculeront dans le régime unique. L’ouvrier de Flins au secours de la retraite du cheminot : un bel exemple de solidarité !

En revanche, les professions libérales qui se sont constitué un bas de laine de 22 milliards ainsi que les commerçants et artisans (16,4 milliards) espèrent pouvoir conserver leur magot. Espérons qu’elles s’en souviendront au moment de voter.

  • Le pognon des chômeurs rend dingue

Depuis sa création, en 1958, l’Unédic (l’assurance-chômage – était une association 1901), propriété du patronat et des syndicats. Elle avait, par la suite, encaissé sans coup férir le choc des 3 millions de chômeurs indemnisés. Le macronisme s’annonce plus violent.

Non content de lui siphonner, au titre d’une loi de 2008, 3 milliards par an pour contribuer au financement de Pôle emploi, le gouvernement vient d’imposer une réforme, au détriment des jeunes chômeurs et des cadres, censée rapporter 3,4 milliards.

Un pécule qui s’ajoutera aux 6 milliards déjà gagnés, en jouant sur les dates entre la suppression de la cotisation versée par les salariés (en octobre 2018) et son remplacement par une hausse de la CSG, qui était entrée en vigueur avec neuf mois d’avance !

  • La Sécu saignée et tondue

La loi de 2005 voulait « sanctuariser » la Sécu face aux politiques du gouvernement. En clair : l’État remboursait aux organismes sociaux les allégements de charges offerts aux entreprises. Emmanuel Macron a mis fin à cette saine pratique.

Pour 2019, le rétablissement de l’exonération de charges sociales sur les heures sup (assortie d’une aide aux PME) se traduit, pour la Sécu, par un manque à gagner de 2,4 millions.

Par conséquent, ses comptes, qui auraient dû afficher un équilibre à la fin de l’année, vont replonger dans le déficit. Le trou de la Sécu va être creusé un peu davantage par une ponction gouvernementale de 20 milliards sur cinq ans, que le gouvernement Philippe a fait adopter par le Parlement fin 2017.Et ce n’est qu’un apéritif.

L’Élysée et Bercy rêvent d’intégrer totalement à partir de 2020, le budget de la Sécu dans celui de l’État, ce qui permettrait de faire disparaître les (éventuels) futurs excédents. La Sécu perdrait alors ce qui lui reste d’autonomie comptable. Bienvenue dans le nouveau monde des aides sociales.


Alain Guédé. Le Canard enchaîné. 21/08/2019


Atchoum, je sens que coup de personnes vont prendre un coup de froid, pourvu que cela se traduise dans les prochaines élections. MC